Sélections d'articles anciens
Jean Perrin, professeur au Collège de Zillisheim
A partir de 1851 les services des contributions directes établirent, dans toute la France, des registres de renseignements statistiques et administratifs sur les communes de leur ressort. Les formulaires en étaient fournis par l'imprimerie Chenu, imprimerie des contributions directes, à Pithiviers (Loiret). Outre des renseignements sur les perceptions, les dates des foires et marchés, le service des dépêches, les mesures agraires, (1re partie), ils devaient contenir des détails géographiques, économiques et même historiques sur les cantons et communes du contrôle, ainsi qu'un état des « forces contributives » (bien-fonds et métiers soumis à l'impôt) des diverses communes, (2e et 3e parties), enfin un tableau présentant la population, la superficie, le nombre des maisons et usines, le montant des contributions directes et les éléments du service des prestations en nature (4e partie).
Un tel registre est conservé, par un heureux hasard, aux archives municipales d'Altkirch (i). Ce registre du contrôle d'Altkirch contient des renseignements fort intéressants et parfois pittoresques, consignés entre 1851 et 1870. Des registres semblables ont sans doute existé pour les autres régions du département, mais ils paraissent perdus. Le registre d'Altkirch fut commencé en 1851 par le contrôleur Georgel, mais les renseignements les plus nombreux, et particulièrement les descriptions des cantons et communes semblent avoir été mises par écrit en novembre et décembre 1853 par les soins du contrôleur Vielle, qui avait succédé, en 1853, à M. Georgel. Le montant des contributions directes, par commune, les métiers soumis à la patente, le nombre des maisons et les chiffres globaux de revenus y furent notés, année par année, jusqu'en 1870. On y a même transcrit le montant, toujours par commune, des contributions des années antérieures, de 1846 à 1851.
Avec ce registre nous sommes reportés cent ans en arrière et nous pouvons reconstituer un peu la situation économique du Sundgau central, entre Altkirch et Ferrette, et même le genre de vie des habitants de cette région, à l'époque du Second Empire.
I- — La composition générale du contrôle d'Altkirch en 1853.
La division du contrôle d'Altkirch comprenait au Ier janvier 1853, au début du règne de l'empereur Napoléon III, 69 communes toutes rurales, et toutes, sauf Altkirch, de moins de deux mille âmes. Elles avaient ensemble 41.415 habitants d'après le recensement de 1851. Ces 69 communes étaient réparties en huit perceptions, savoir celles d'Altkirch, Illfurth, Tagsdorf, Hirsingue, Friesen, Bisel, Ferrette et Durlinsdorf. Le contrôle s'étendait sur la partie sud-ouest de l'arrondissement d'Altkirch de l'époque (le Haut-Rhin comprenait alors les trois arrondissements d'Altkirch Belfort et Colmar) (2). En 1857 l'arrondissement d'Altkirch devint l'arrondissement de Mulhouse quand la Sous-préfecture et le tribunal de première instance eurent été, malgré la vive opposition des habitants d'Altkirch, transférés à Mulhouse (3). Le contrôle d'Altkirch comprenait deux cantons et demi : celui d'Altkirch intégralement avec 28 communes, celui d'Hirsingue avec 25 communes et la moitié de celui de Ferrette avec 16 communes. En 1858, la perception de Ferrette fut détachée du contrôle d'Altkirch, avec les sept communes de Ferrette, Vieux-Ferrette, Bouxwiller, Koestlach, Sondersdorf, Ligsdorf et Bendorf, et rattachée au contrôle de Saint-Louis. Seules les neuf communes de la perception de Durlinsdorf restèrent unies au contrôle d'Altkirch.
La division du contrôle d'Altkirch était une des neuf divisions du service des contributions directes, qui se partageaient alors le département du Haut-Rhin. Son territoire était traversé dans le Nord-est par le canal du Rhône au Rhin. On y trouvait en outre deux routes impériales, la route impériale N° 19 de Paris à Baie et la route impériale N° 73 de Moulins à Baie. Cette dernière passait par Porrentruy, Courtavon, Mœrnach, et Ferrette. Il y avait aussi trois routes départementales, celles de Guebwiller à Lucelle, d'Altkirch à Burnhaupt et du Doubs à Baie par Seppois, Feldbach et Waldighoffen, et un grand nombre de chemins de grande communication et de chemins vicinaux. Toutes ces routes, dit le registre, étaient généralement bien entretenues et d'une fréquentation facile. Un décret d'août 1853 autorisait l'établissement d'un chemin de fer de Mulhouse à Paris par Altkirch (4).
Le contrôleur d'Altkirch de par ses fonctions, devait fixer le montant des cinq contributions alors existantes : contribution foncière sur les immeubles, contribution personnelle et mobilière sur les personnes et les biens meubles, contribution des portes et fenêtres, patente sur les revenus industriels et commerciaux et prestations en nature pour l'entretien des routes et chemins. Il avait pris soin de noter les usages économiques particuliers, qui pouvaient être utiles au service des finances. Ainsi malgré l'introduction, depuis plus de cinquante ans, du système métrique, certaines mesures agraires restaient encore usitées dans la région. C'étaient notamment la perche de Paris de 22 pieds valant 7 m 14, la perche de Colmar valant 4 m 16 et l'aune d'Allemagne qui faisait o m 55. La perche de deux toises mesurant 3 m 90 n'était employée que pour les forêts. Les jours de marché ordinaires, favorables aux recettes des percepteurs, étaient le jeudi à Altkirch et à Ferrette, le mardi à Seppois et le samedi à Dannemarie.
Les contrôleurs successifs avaient aussi intérêt à avoir une connaissance exacte de la situation géographique, économique et sociale du territoire de sa division. Cela explique les notices fort judicieuses qu'ils ont écrites sur les cantons et les communes de leur ressort.
II. — Le canton d'Altkirch vu dans son ensemble.
Le canton d'Altkirch, lisons-nous dans le registre, est par son étendue le neuvième du département et le quatrième de l'arrondissement. Son relief accidenté, couvert de nombreuses forêts appartenant presque
toutes aux communes, ne présente aucune haute montagne, maïs de nombreux monticules. La distance qui sépare les communes est très faible et les chemins de petite vicinalité assez praticables.
L'agriculture : Le sol du canton est froid, argileux et souvent humide. Il est d'une fertilité ordinaire grâce à l'engrais et aux soins d'une habile culture. Il produit assez abondamment du froment, de l’épeautre (5), de l'avoine, de l'orge, du seigle, des fourrages naturels et artificiels, du chanvre, des betteraves etc. On remarque quelques vignes d'une qualité plus que médiocre (6), beaucoup de forêts communales et d'arbres fruitiers. En général le cultivateur cultive lui-même sa propriété, et, comme cette dernière est très morcelée, il en résulte que le territoire du canton ne présente que petite culture, à quelques rares exceptions près. Car on ne remarque qu'une seule propriété en terres arables qui dépasse cent hectares. On ne saurait compter plus de huit fermiers de profession, les autres le sont accidentellement. Un grand nombre de parcelles sont louées en détail à divers cultivateurs pour compléter leur exploitation rurale, en particulier les biens communaux.
Les cultivateurs du canton d'Altkirch sont malheureusement routiniers en ce qui concerne la culture des terres arables. Ils suivent l'ancienne méthode de l'assolement triennal, qui consiste à diviser en trois parties le territoire d'une commune, à affecter la première à la culture des céréales (blé seulement), la seconde à celle de l'orge, du seigle et de l'avoine et la troisième à celle des racines et des fourrages artificiels. La première année ils fument les terres et les laissent sans engrais jusqu'à la fin de la période triennale. Ce système est mauvais en ce sens que les terres devraient être fumées annuellement, en second Heu, parce qu'à défaut d'engrais, le champ ayant produit pendant deux années consécutives du blé et de l'orge par exemple, au lieu d'être cultivé pour produire des pommes de terre ou un fourrage artificiel quelconque, devrait rester improductif (7). Toutefois il est vrai de dire que le paysan, généralement pauvre, ne pouvant se priver du produit annuel de ses petites propriétés, est forcément condamné à végéter dans cette voie arriérée.
Le commerce et l'industrie : Les habitants du canton d'Altkirch se livrent au commerce du bois et des céréales en détail. La partie des produits agricoles, qui n'est pas consommée sur place, se vend au marché hebdomadaire d'Altkirch et aux douze foires annuelles de cette ville. Il se fait en outre au chef-lieu un commerce de détail assez étendu d'auberge, d'épiceries, de merceries, d'étoffes communes, de bois de construction, de cuits, de fers etc. Comme établissements industriels on compte un tissage mécanique de 500 métiers à Altkirch, et un à bras de cent métiers à Carspach, 19 moulins à eau, huit tuileries, dont une remarquable à Altkirch, trois brasse-nés, quatre tanneries et une forge à un marteau. Ces usines sont mues par la Largue, l’Ill et le Thalbach.
L’irrigation : Ces trois cours d'eau traversent de belles prairies sur lesquelles les propriétaires riverains opèrent d'utiles irrigations, qui, tout en augmentant la quantité du fourrage, lui donnent une qualité
supérieure, qui le fait rechercher sur tous les marchés environnants. On remarque dans le nord du canton, dans les prairies d'Illfurth et de Froe-ningen, un système d'irrigation entre-autres, qui dénote chez les propriétaires cultivateurs qui le pratiquent une haute intelligence de ce genre de culture. Il consiste en petits canaux de deux mètres de largeur munis de vannes, qui leur permettent de prendre dans l’Ill l'eau strictement nécessaire. Aussi les produits de ces prairies sont-ils la cause de l'aisance peu commune des habitants de cette partie de la vallée de 1*111. Ils se livrent généralement à l'élevage du bétail et retirent de cette exploitation de forts jolis revenus.
La situation sociale : L'habitant de la vallée de l'Ill, dans le canton d'Altkirch, est laborieux, sobre et économe. Il forme un contraste frappant avec l'habitant de la même vallée dans le canton de Hirsingue, qui, comme celui de la vallée d'Hundsbach, est profondément ignorant, brutal, paresseux et intempérant. L'habitant de la vallée de la Largue, dans le canton d'Altkirch, comme celui d'Hirsingue, a les mœurs rudes et grossières, mais il est laborieux et économe. Cependant malgré ce caractère distinctif d'économie la population est médiocrement aisée et endettée en partie. Cela s'explique facilement, car le paysan de la contrée dévoré par une soif insatiable d'acquisition est continuellement soumis à une exploitation incessante de la part des Israélites qui dans tous ses marchés sont ses entremetteurs et les bailleurs de fonds. Heureusement la partie la plus pauvre de la population trouve à s'occuper dans les usines d'Altkirch et de Mulhouse.
Les monuments : A part la ville, le canton ne présente aucun édifice remarquable. Les principaux monuments d'Altkirch sont la nouvelle église paroissiale, l'un des plus jolis édifices religieux modernes de l'Alsace (style romano-byzantin) (8), l’hôtel de la Sous-préfecture, la halle aux blés, avec une très jolie salle au premier étage et l’hôpital, grand bâtiment situé à dix minutes de la ville… Tout l’intérêt historique du canton se reporte sur les ruines du vieux château d'Altkirch, qui ont fait place à la nouvelle église. C'est à ce château que la ville doit son origine, qui remonte au XIIIe siècle. Aux environs de l'église Saint-Christophe (plus tard Saint-Morand) vinrent se grouper quelques maisons, mais un incendie ayant détruit ces habitations les paysans sans asile allèrent s'établir, au commencement du XIIIe siècle, sur la colline voisine du château appartenant au comte de Ferrette et fondé par Frédéric 1er, comte de Montbéliard, puis de Ferrette. De ce moment le monastère prit le nom de Saint-Morand, du nom d'un de ses prieurs, et la ville celui d'Altkirch (9).
Le passé : Jusqu'à la domination française la seigneurie d'Altkirch, le château dont nous venons de parler, ainsi que la ville, qui n'en était séparée que par un fossé, ont dépendu politiquement du comté de Ferrette et sous le rapport religieux était administrée par un officiai de l'évêque de Baie établi sur la demande des archiducs d'Autriche. Mazarin avait pris possession de ce domaine comme compris dans le don que Louis XIV lui fit du comté de Ferrette. En 1789, parmi les communes formant le canton d'Altkirch, 24 appartenaient au duc de Valentinois, trois appartenaient à M. de Reinach (Frœningen, Heidwiller et Luemschwiller) et une à M. de Ferrette (Carspach). Aujourd'hui ces 28 communes forment trois perceptions, celles d'Altkirch, Illfurth et Tagsdorf.
III. — La ville d'Altkirch.
Son rôle administratif : Altkirch était alors le chef-lieu des trois arrondissements du département du Haut-Rhin. Cet arrondissement, dit le registre, est pour la superficie le moins considérable du département. La ville d'Altkirch renferme 3.390 habitants dont 3100 catholiques, 300 Israélites et 90 protestants (10). Elle est le siège d'une sous-préfecture, d'un tribunal de ire instance, d'une justice de paix, d'une conservation des hypothèques, d'une recette particulière des finances et d'une direction de poste aux lettres. Elle a un collège communal, un hospice civil et une prison dans laquelle se trouvent en moyenne 170 détenus, dont la majeure partie se compose de contrebandiers, ce qu'il faut attribuer à la proximité des frontières. Altkirch est aussi le siège d'une inspection des eaux et forêts.
Son activité économique : Altkirch est bâtie en amphithéâtre sur une colline baignée par l'Ill, sur la route impériale de Paris à Baie et sur les routes départementales de Guebwiller à Lucelle et d'Altkirch à Burnhaupt-le-Haut. Elle possède une imprimerie typographique et une imprimerie lithographique (n), un tissage mécanique de coton, trois moulins, trois tuileries (12), deux tanneries, des brasseries et un bel établissement d'horticulture. Le tissage et les moulins sont mus par l'Ill. Son territoire généralement fertile offre une argile d'une très bonne qualité, aussi y remarque-t-on plusieurs poteries, des fabriques de tuiles et de poêles de faïence (13). On y exploite des carrières de pierre et on y fabrique une excellente chaux hydraulique. La présence des carrières a fait qu'à Altkirch on remarque beaucoup de tailleurs de pierre fort habiles.
Il se tient à Altkirch douze foires par an, foires très importantes. Le commerce qu'on y fait consiste en grains et légumes de toutes sortes, chevaux, bœufs, vaches, porcs, toiles, fils, chanvres, étoffes, quincaillerie, mercerie, instruments aratoires, etc. Outre ces foires il existe à Altkirch un marché hebdomadaire, le jeudi, très couru.
Les forées « contributives » : Le territoire de la commune d'Altkirch avait, d'après le rôle du cadastre terminé en 1836, une superficie de 914 hectares et était divisé en 3.891 parcelles. Les biens ruraux y atteignaient les prix les plus élevés de la région. D'après les moyennes fournies par l'estimation territoriale de 1852-53 la valeur vénale d'un hectare était pour les terres labourables de 2.300 francs, pour les prés de 6.000 francs, pour les vignes de 2.400 francs, et pour les bois de 1.850 francs.
En 1854 on trouvait à Altkirch 469 maisons et 24 «usines». 521 chefs de famille étaient soumis à la contribution personnelle tandis que 570 habitants de la ville devaient les prestations en nature pour l'entretien des routes. A cette dernière obligation étaient également soumis 69 voitures attelées et 166 bêtes de selle et de trait. En 1870 le chiffre des maisons sera de 5 1 8 tandis que le nombre des usines et des patentes sera resté à peu près constant (14).
Les professions : En 1854 le contrôleur relevait 260 professions et établissements industriels soumis à la patente. Parmi eux il y avait de nombreux commerçants : 16 cabaretiers, plus 9 aubergistes et 3 cafetiers, épiciers dont un en demi-gros, 10 marchands de tissus, 4 marchands de bœufs, 3 marchands de vaches, 4 marchands de vin en gros, 4 quincailliers et marchands de fer etc. Il y avait aussi beaucoup d'artisans : 17 boulangers, 5 cordonniers en boutique et un cordonniers en chambre, 8 bouchers plus un charcutier, 8 tailleurs en habit, plusieurs maçons et peintres etc. Les professions libérales étaient représentées par 4 docteurs en médecine, 6 huissiers, 5 notaires, 1 vétérinaire-artiste et plusieurs avocats. Les 24 établissements industriels comprenaient un tissage mécanique très important, 3 tuileries, 3 brasseries, 2 tanneries, 2 entreprises de diligences, 2 ateliers de poterie, 2 fours à chaux, 7 carrières (à partir de 1858 il y aura 5 fours à chaux et 3 carrières) et 1 fabricant de chandelles.
On relève des métiers aujourd'hui disparus : un entrepreneur de bains
publics, un lampiste et un ferblantier-lampiste, un loueur de voitures
suspendues, un fabricant de casquettes, un cloutier au marteau, quatre
maréchaux-ferrants, un perruquier, un barbier, un fabricant de chaises
sur commande, un marchand de chèvres (à partir de 1858).
IV. — Les autres communes relevant de la perception d'Altkirch.
La perception d'Altkirch groupait, outre cette ville, les communes d'Aspach, de Ballersdorf, de Brinighoffen, de Carspach, d'Eglingen, d'Enschingen, de Walheim et de Wittersdorf.
ASPACH, dit le registre, renferme 739 habitants, 721 catholiques et 18 anabaptistes. En fait d'établissement industriel on n'y remarque qu'une tuilerie. Cette commune avait autrefois une source d'eau sulfureuse froide qui n'existe plus (15). Son territoire de 403 hectares était divisé en 2.870 parcelles. Le nombre de ses maisons était de 114 en 18 54. 129 hommes devaient en 1854. des prestations en nature pour l'entretien des routes, ainsi que 34 voitures attelées et 69 bêtes de selle et de trait. Plusieurs artisans et commerçants y étaient soumis à la patente : trois cordonniers, deux charrons, deux tailleurs d'habit, un maréchal-ferrant (demie-patente), deux cabaretiers et un marchand de fromages (demie-patente).
BALLERSDORF compte 771 habitants catholiques d'une aisance peu commune grâce aux 409 hectares de forêts 'qu'ils possèdent. On y remarque un seul moulin de très médiocre importance mu par un très faible ruisseau très souvent à sec. Dans la banlieue est la chapelle de saint Martin, reste d'un village de même nom, qui a été détruit durant la guerre de Trente ans par les Suédois (16).
Avec 1.050 hectares, divisés en 5.215 parcelles, cette commune était très étendue. En 1854 le chiffre des maisons était de 152, il restera à peu près constant jusqu'en 1870. 161 hommes étaient astreints à des prestations en nature en même temps que 64 voitures attelées et 134 bêtes de selle et de trait. Outre les métiers courants de l'alimentation (quatre caba¬retiers, deux boulangers, deux épiciers, un boucher), de l'habillement (deux tailleurs d'habit, trois cordonniers à façon) et de la construction (deux menuiseries, un maçon, un charpentier, deux charrons), on y trou¬vait deux marchands de bois à brûler, un sabotier, un fabricant de pelles de bois, un tisserand et un propriétaire de pressoir d'huile à manège.
BRINIGHOFFEN est peuplé par 232 habitants catholiques. Le village est situé sur la Largue, qui fait marcher deux beaux moulins et va se jeter peu après dans l'Ill. Les terres de ses prés sont excellentes. Son église nouvelle (1847), qui lui est commune avec Enschingen, est très bien située et élégamment bâtie. Il ne reste plus aucune trace de l'ancien château de Brinighoffen, dont l'emplacement est occupé par une prairie (17). Son territoire avait une superficie de 320 hectares et groupait 1187 parcelles. 54 hommes y devaient fournir les prestations en nature avec 22 voitures attelées et 45 bêtes de trait. En 1854, outre 43 maisons payant la .contribution des portes et fenêtres, il y avait deux « usines » c'est-à-dire les deux moulins mentionnés plus haut (i 8). Plusieurs métiers étaient soumis à la patente : un cabaretier, un épicier, deux cordonniers, un menuisier, un tisserand et un bourrelier (demi-patente).
CARSPACH autrefois Carolsbach est le siège d'une lieutenance de douanes. On remarque à Carspach un tissage mécanique à bras de 100 métiers (19), un beau moulin et deux tuileries ordinaires. La commune renferme 1.372 habitants. On y remarque aussi la maison commune et maison d'école, et le château de Mlle de Reinach. Il s'y trouvait autrefois deux châteaux nommés Oberschloss et Unterschloss. Il existe encore du premier les écuries et les remises, dont on a fait un corps de logis. Quant au second on n'en voit qu'un pan de mur, qui entoure un jardin appelé Schlossgarten (20). Carspach est une des riches communes du canton et même de l'arrondissement, surtout à cause de ses forêts qui couvrent une étendue de 487 hectares.
Avec 1.677 hectares partagés en 6.746 parcelles le ban de Carspach était l'un des plus importants de la région. De 204 en 1854 le nombre des maisons soumises à l'impôt s'éleva à 218 en 1870. 35 hommes étaient inscrits pour les prestations en nature en même temps que 82 voitures attelées et 171 bêtes de trait. Outre les métiers ordinaires la liste des patentables note sept cabaretiers et deux sabotiers.
EGLINGEN compte 362 habitants catholiques. Le village ren¬ferme une tuilerie de dernière importance. Son ban communal de 963 hectares comprend 2.144 parcelles. En 1854 71 maisons constituaient le village. 68 hommes devaient des prestations en nature avec 26 voitures attelées et 53 bêtes de trait. Trois tisserands, deux cabaretiers, un tour¬neur en bois, un épicier, un maçon, un maréchal-ferrant, étaient les arti¬sans et commerçants du village.
ENSCHINGEN est un petit village situé sur la Largue, qui fait tourner un beau moulin. Il y avait autrefois un couvent, détruit avant 1789 (21) Depuis peu (1847) Enschingen possède en commun avec Brinig¬hoffen une belle église. Son territoire de 264 hectares était partagé en 1.321 parcelles et occupé par 212 habitants catholiques. En 1854 41 mai¬sons composaient le village. 53 hommes, entre 18 et 60 ans, avec 22 voitures attelées et 53 animaux de trait, devaient contribuer à l'entretien des routes et chemins. Un cabaretier, un maréchal-ferrant, un charron payaient patente.
WALHEIM est situé sur l'Ill, qui fait marcher deux beaux moulins, et sur la route très fréquentée de Guebwiller à Lucelle par Mulhouse. Ce village renferme 713 habitants. La position peu élevée de Walheim au-dessus de l'Ill expose ce village à de fréquentes inondations généralement peu dangereuses. Cependant la dernière inondation du 18 septembre 1852 a causé de grands dommages aux habitants. L'église paroissiale, qui se trouvait hors du village, a été démolie en 1841 pour faire place à une nouvelle assez élégante, parfaitement située sur la route et au milieu du village. On a découvert en démolissant l'ancienne église un petit parchemin de sept centimètres sur cinq, daté de 1340, et confirmant la tradition d'après laquelle il a existé autrefois, près de cette église, un village appelé Crispingen (22).
Les 470 hectares de Walheim étaient divisés en 4.063 parcelles. En 1854 122 maisons étaient inscrites au registre des contributions. Le total des portes et fenêtres mentionnait sept puis neuf portes cochères. 147 hommes ainsi que 67 voitures attelées et 136 bêtes de trait devaient les prestations en nature. Outre quelques commerçants d'alimentation il y avait deux cordonniers, deux tonneliers, un maréchal-ferrant, un arpen¬teur, un sabotier et un tisserand.
WITTERSDORF est situé sur la route nationale n° 19 de Paris à Baie. On y exploite une carrière et on y voit un beau moulin mû par un ruisseau sans nom déterminé, qui vient de la vallée de Hundsbach (le Thalbach). La commune compte 954 habitants, dont 80 israélites, qui se livrent presque exclusivement au commerce du bétail (23). Wittersdorf forme la limite des communes-vignobles de ce côté.
Son ban de 463 hectares comprenait 4.571 parcelles. En 1854 le chiffre des maisons était de 164. Il s'élèvera à 180 en 1870. 178 hommes, 52 voitures et 102 animaux de trait y étaient astreints aux prestations en nature pour l'entretien des chemins. Par suite de la présence des israélites il y avait un assez grand nombre de commerçants : trois marchands de bœufs, trois marchands de vaches, un marchand de chevaux, un mar¬chand de cochons, un blatier (marchand de blé) avec voiture, trois bla-tiers avec bêtes de somme, un brocanteur etc... Il y avait aussi quelques métiers particuliers : un scieur de long, un fabricant de pelles de bois, un tonnelier, un tailleur de pierres.
V. — Les communes relevant de la perception d’Illfurth.
La perception d'Illfurth administrait les communes de Frœningen, Heidwiller, Hochstatt, Illfurth, Luemschwiller, Spechbach-le-Bas, Spech-bach-le-Haut et Tagolsheim.
FRŒNINGEN, lisons-nous dans le registre, groupe 702 habitants, 627 catholiques et 75 israélites. Sol fertile, prairies magnifiques et pâtu¬rages précieux. Le système d'irrigation est fort répandu dans cette com¬mune. La population généralement laborieuse occupe une partie de ses bras dans les manufactures de Mulhouse et l'autre à l'agriculture, qui procure aux habitants une aisance remarquable. L'Ill à Frœningen com¬mence à prendre une certaine importance. Sa largeur est de quinze mètres environ. Son cours régulier alimente un fort joli moulin à trois paires de meules. On y trouve aussi une huilerie. Frœningen avait autrefois un châ¬teau situé entre la commune et l'Ill. Son emplacement est aujourd'hui converti en un beau pré. La tradition parle d'un souterrain d'environ un kilomètre par lequel ce château communiquait avec celui du Kuppelé sur la rive opposée de l'Ill. Au dernier siècle Jean Chrétien de Reinach y construisit un château qui existe encore (24). La marque de la commune était une clef.
Son territoire de 429 hectares était composé de 4.704 parcelles. Le nombre de ses maisons était, en 1854, de 126. 123 hommes ainsi que 33 voitures attelées et 68 bêtes de trait devaient fournir des prestations en nature pour les chemins. Comme métiers particuliers soumis à la patente il y avait trois marchands de vaches, un peintre en bâtiment.
HEIDWILLER est peuplé par 480 habitants catholiques. C'est un des rares villages du contrôle où se cultive la vigne. Le vin qui en résulte jouit d'une réputation relative, qui est très loin de faire l'éloge de celui des crus voisins. Il s'y trouve un château, qui appartenait autrefois aux Reinach-Foussemagne, seigneurs de Heidwiller avant 1789(25).
-. Le village possédait un ban de 432 hectares groupant 3.212 par¬celles. En 1854 le nombre des maisons soumises à l'impôt y était de 89. Des prestations en nature devaient être faites par 80 hommes. 30 voitures attelées et 63 animaux de trait. Il y avait quelques commerçants : deux cabaretiers, un épicier, un boucher, et quelques artisans : un maréchal-ferrant, deux tonneliers, un maçon, un menuisier, un arpenteur. En 1866 s'y ajoutera un marchand de balais de bouleau avec voiture.
HOCHSTATT, avec 1312 habitants catholiques, a une population d'ouvriers occupés dans les manufactures et usines de Mulhouse, qui se trouve à cinq kilomètres de cette commune (26. Le sol est fertile, les prairies riches naturellement et rendues meilleures encore par des irri¬gations aussi nombreuses et aussi abondantes que les circonstances l'exi¬gent. Les produits de l'agriculture se vendent à Mulhouse.
Ses 829 hectares étaient divisés en 7.565 parcelles. 231 maisons for¬maient en 1854 le village. 224 hommes en même temps que 63 voitures et 120 bêtes de trait étaient obligés de fournir des prestations en nature. Outre plusieurs professions courantes de l'alimentation, du bâtiment et de l'habillement on note la présence d'un propriétaire de pressoir à huile à manège et de deux tonneliers. Les vignes y atteignaient le prix moyen élevé de 3.442 francs l'hectare.
ILLFURTH renferme 1087 habitants catholiques. C'est un village bien bâti, tout à fait en plaine. Les habitants laborieux jouissent généra¬lement d'une fort belle aisance. Le sol est très fertile et les prairies admi¬rablement bien tenues produisent de fort beaux rapports. Les pâturages sont sans contredit les plus beaux de toute la division. Des conduits ou petits canaux parfaitement bien établis constituent un système d'irrigation qui dénote une haute intelligence de la culture. Ces canaux munis de vannes permettent de prendre dans l'Ill l'eau strictement nécessaire. Les riches carrières d'Illfurth et ses forêts fournissent énormément de pierres de taille et de bois de chauffage, que l'on expédie par le canal dans toutes les directions. On trouve à Illfurth une brasserie et deux moulins alimentés par l'Ill dont le cours régulier devient plus important par la jonction de la Largue. Il s'y trouvait autrefois un château-fort appelé Kuppelé. A deux kilomètres plus haut que ce château et sur la montagne la plus élevée, qui domine le village, on voit un ancien camp retranché et au milieu les débris d'une ancienne chapelle dédiée à saint Brice. Dans le cimetière d'Illfurth se trouve une ancienne église appelée Burnkirch, nom d'un village qui a disparu.
Le territoire d'Illfurth de 880 hectares était partagé en 7.907 par¬celles. En 1854 le village se composait de 197 maisons. Les prestations en nature devaient être faites ou payées par 234 hommes de 18 à 60 ans. 78 voitures attelées et 158 animaux de trait. Il y avait une trentaine de commerçants et d'artisans soumis à la patente. Parmi eux, en dehors des métiers courants, on trouvait deux bourreliers^ deux boisseliers (fabricant d'objets de bois), deux exploitants de pressoir à huile à manège. Dans les années suivantes viendront s'y ajouter un exploitant de brasserie, un propriétaire de carrière, un exploitant de fours à chaux et surtout, vers 1863, une fabrique de tuiles par procédés mécaniques très importante (27).
LUEMSCHWILLER compte 825 habitants, dont 750 catholiques et 75 Israélites. Le village, bâti sur une colline boisée, était autrefois très aisé, mais actuellement il est ruiné par des emprunts onéreux. Le sol est assez fertile, la population laborieuse. Le terrain argileux produit beau¬coup de blé et autres grains qui se vendent à Altkirch. Il y a beaucoup de carrières produisant de bonnes pierres grisâtres et très dures. On trouve aussi à Luemschwiller un coteau de vignes fort bien exposé auquel on doit des vins rouges assez estimés (28).
Ses 714 hectares étaient divisés en 7.907 parcelles. En 1854 150 mai¬sons étaient dénombrées au registre des contributions. 185 hommes, 59 voitures attelées et 123 bêtes de trait étaient astreints aux prestations en nature pour l'entretien des routes. Une douzaine de commerçants et d'artisans peuplaient la commune en particulier deux marchands de che¬vaux, un marchand-boucher « en ambulance », un chiffonnier en détail, sans doute des Israélites. Le prix des vignes était moins élevé qu'à Illfurth et Hochstatt : 2.000 francs l'hectare en moyenne.
SPECHBACH-LE-BAS renferme 467 habitants catholiques. Le village est un des plus riches du canton à cause de l'excellence de ses terres et de sa culture bien entendu. Il s'y trouvait autrefois un château dont il ne reste plus de traces.
Le ban communal de Spechbach-le-Bas s'étendait sur 395 hectares répartis entre 2.670 parcelles. Les maisons étaient, en 1854, de 74. 120 hommes de 18 à 60 ans, 43 voitures attelées et 104 bêtes de trait y étaient soumis aux prestations en nature. Outre quelques petits commerçants et artisans il s'y trouvait un entrepreneur de travaux publics pour les ponts et chaussées.
SPECHBACH-LE-HAUT est peuplé par 441 habitants catholiques. On a découvert au sud-ouest du village les traces d'une voie romaine. L'église possède une statue de la Sainte Vierge, qui fut trouvée dans un massif de buis. Elle a donné naissance à un pèlerinage à « Notre-Dame de la forêt noire ». La tradition en fait remonter l'origine au XIVe siècle. Devant la porte principale de l'église on voit la statue équestre de saint Martin érigée en 1617 à la suite d'un vœu fait par des jeunes gens dans un danger imminent. Le château qui s'y trouvait autrefois et appartenait ainsi que le village, aux Zu Rhein, a été démoli en 1743 et remplacé par un autre qui a subsisté jusqu'en 1840. La tradition rapporte qu'il y avait autrefois, à trois kilomètres au nord de Spechbach, une petite ville nommée Thurnhusen détruite par les Suédois pendant la guerre de Trente Ans. Le presbytère a été construit par Kléber (depuis devenu général) lorsqu'il était encore architecte de l'abbaye de Masevaux. Celle-ci était chargée de l'entretien des bâtiments communaux à raison de la dîme qu'elle perce¬vait dans toute la contrée (29).
Le territoire de Spechbach-le-Haut rassemblait 378 hectares compre¬nant 2.417 parcelles. Le nombre de ses maisons imposables était de 88 en 1854. Il s'abaissera à 80 jusqu'en 1870. 89 hommes, 36 voitures attelées et 80 bêtes de trait devaient des prestations en nature. Il y avait quelques commerçants : un boucher, un boulanger, deux cabaretiers, un épicier; et quelques artisans : trois charpentiers, un maçon, un menuisier, un char¬ron, un maréchal-ferrant, un tonnelier, mais aussi des métiers spéciaux : un exploitant de pressoir à huile à manège, un marchand de râteliers (30).
TAGOLSHEIM groupe 435 habitants, 420 catholiques et 15 pro¬testants. C'est la seule commune de la division où l'on remarque une cul¬ture peu importante du ver à soie. Le terroir est fertile et les prairies parfai¬tement irriguées. La population est presque exclusivement agricole à l'exception de la partie qui s'occupe dans une fabrique de machines appar¬tenant à Messieurs Schmerber. Cette fabrique se trouve sur l'Ill, excellent cours d'eau, sans chômage possible. Elle est mue par une turbine magni¬fique de 40 chevaux au maximum, mais non employés simultanément. Cette usine fonctionne continuellement et emploie quatre marteaux de grandeur différente et d'un genre nouveau découvert par M. Schmerber. On y fabrique les fers corroyés, la taillanderie, la grosse quincaillerie, des marteaux, des pilons etc. Ces produits industriels sont expédiés sur Mulhouse et principalement en Suisse, et forment à eux seuls tout le com¬merce de Tagolsheim. L'Ill à Tagolsheim est un cours d'eau assez impor¬tant; il a une largeur de 25 mètres à sa chute sur la turbine de l'usine pré¬citée et se rétrécit en avançant vers Illfurth (31).
La commune de Tagolsheim avait une superficie de 308 hectares partagés en 2.609 parcelles. Le chiffre des maisons, qui était de 65 en 1854, augmentera jusqu'à 94 en 1870. 70 hommes avec 29 attelages et 54 ani¬maux de trait étaient obligés de fournir des prestations en nature. Outre quelques professions courantes il y avait comme métier particulier un tourneur sur bois.
VI. — Les communes relevant de la perception de Tagsdorf.
De la perception de Tagsdorf dépendaient les communes de Be-rentzwiller, Emlingen, Franken, Jettingen, Hausgauen, Heidwiller, Hunds-bach, Obermorschwiller, Schwoben, Tagsdorf et Willer.
BERENTZWILLER, lisons-nous dans le registre, assemble 521 habitants. Le sol généralement uni offre une terre favorisée, où l'on cultive avec succès le froment, l'orge, le seigle et d'autres productions, qui toutes se vendent à Altkirch. Le Thalbach est d'un cours fort irrégulier à Be-rentzwiller et y fait mouvoir un moulin qu'il force à un chômage de six mois au moins, moulin du reste d'une fort médiocre importance par sa construction (32).
Les 595 hectares de son terroir comprenaient 3.790 parcelles. Les services du contrôle y relevaient, en 1854, 89 maisons, 114 hommes, 52 voitures attelées et 106 bêtes de trait étaient inscrits pour les prestations en nature. Une dizaine de commerçants et d'artisans payaient patente, parmi eux six tisserands et un tourneur sur bois.
EMLINGEN avec 321 habitants catholiques est une commune très peu importante, mais assez aisée. Les prés situés sur les deux rives du Thalbach donnent d'excellents fourrages. On n'y remarque qu'une huilerie à deux cylindres, d'une très médiocre importance. Aux environs se trouve une sablière, qui fournit un bon sable blanc, et une carrière dont les produits sont assez estimés.
Cette petite commune couvrait 234 hectares répartis en 1.997 par¬celles. Elle groupait, en 1854, 56 maisons. Pour les prestations en nature on avait noté 54 hommes, 28 voitures attelées et 56 animaux de trait. La liste des patentes mentionnait, outre l'huilerie, deux marchands de porcs, un marchand blatier (de blé) avec voiture, un marchand de tourteaux. Plus tard viendront s'y ajouter deux exploitants de carrière, un exploitant de four à chaux et, chose à noter, un exploitant de machine à battre.
FRANKEN renferme 452 habitants catholiques. La position de ce petit village est assez pittoresque, mais il n'existe pour ainsi dire aucun moyen de communication tant sont impraticables les chemins qui con¬duisent aux hauteurs du village. La population est peu avancée et se trouve souvent dans une gêne excessive, malgré ses terres arables, qui sont de bonne qualité, et ses prairies, qui, comme celles de la vallée de Hundsbach, donnent généralement de bons fourrages. On y remarque comme établissement industriel un fort joli moulin à deux paires de meules, mû par le faible cours d'eau (Thalbach) (33). Franken est aujourd'hui le siège d'une brigade de douanes.
Le territoire de Franken s'étendait sur 600 hectares fractionnés en 4.963 parcelles. En 1854 le contrôleur enregistrait un total de 87 maisons et, pour les prestations en nature, 99 hommes de 18 à 60 ans, 41 voitures attelées ainsi que 85 bêtes de trait. Comme métiers particuliers soumis à la patente ainsi on y rencontrait un exploitant de pressoir à huile, deux sabotiers et, quelques années plus tard, un exploitant de machine à battre.
JETTINGEN a 568 habitants catholiques. Le Thalbach, ruisseau fort peu important, fait mouvoir trois moulins ayant ensemble trois paires
de meules. La population est pauvre, mais laborieuse. Les prairies bien irriguées produisent de bons fourrages, mais souvent elles sont inondées par les eaux du Thalbach dont le lit est très étroit.
Le ban de Jettingen avait une superficie de 613 hectares et groupait 3.833 parcelles. Le total des maisons s'élevait, en 1855, à 112. 109 hommes, 54 voitures attelées et 127 bêtes de trait devaient fournir ou payer des prestations en nature. Parmi une dizaine de métiers soumis à patente on trouvait un marchand de chanvre en détail.
HAUSGAUEN groupe 480 habitants catholiques. Derrière Haus-gauen passe le Thalbach, qui fait mouvoir au moyen de canaux fort bien établis deux moulins à blé ayant ensemble quatre paires de meules. Ces usines sont en très bon état, mais manquent quelquefois d'eau. La population est assez aisée et laborieuse. Les prairies sont irriguées avec intelli-. gence et produisent de bons fourrages. A un kilomètre de Hausgauen et une antique chapelle habitée par un moine, vieillard vivant d'aumônes, reste d'un village nommé Dennach, qui fut détruit par les Suédois pen¬dant la guerre de Trente Ans (34).
Les 551 hectares du terroir de Hausgauen réunissaient 5.016 par¬celles. En 1854 on y dénombrait 96 maisons. L'entretien des chemins devait être assuré par 117 hommes, 58 voitures attelées et 164 animaux de trait. Il s'y trouvait quelques métiers aujourd'hui généralement dis¬parus : un scieur de long, un tonnelier, un sculpteur sur bois, un maître de pressoir à huile à manège.
HEIWILLER est peuplé de 246 habitants catholiques. C'est une annexe de Tagsdorf. La population de Heiwiller, fort, aisée, s'occupe exclusivement de culture. Le sol est fertile, les prairies bonnes. Les pro¬duits sont conduits à Altkirch.
Ce petit village exploitait une superficie de 200 hectares partagés en 1.653 parcelles. En 1854 s'y trouvaient 47 maisons. 53 hommes, 20 voitures attelées et 31 animaux de trait étaient astreints aux prestations en nature. Les seuls métiers à patente étaient un épicier, un maçon et un fabricant de boutons de corne.
HUNDSBACH groupe 375 habitants catholiques. Le Thalbach fait mouvoir un joli moulin à deux paires de meules, seul établissement industriel de la commune, avec deux pressoirs à huile à manège sans impor¬tance. L'agriculture est la seule occupation des habitants, elle leur pro¬cure, grâce à la bonne qualité du sol, une belle aisance. La culture est variée. Les produits se vendent à Altkirch. Hundsbach a été anciennement le chef-lieu de toute la vallée (qui porte encore son nom aujourd'hui), tant sous le rapport civil que sous le rapport ecclésiastique. La chapelle de sainte Odile, dont les ruines existent encore, était autrefois l'église paroissiale de Hundsbach et des neuf communes qui en dépendent (35).
Son territoire avait une étendue de 386 hectares avec 3.174 parcelles. En 1854 66 maisons composaient le village tandis que 73 hommes, 40 voitures attelées et 83 bêtes de trait étaient obligés aux prestations en na¬ture. Outre un boucher, un cabaretier, un épicier, deux maréchaux-ferrants on y relevait deux exploitants de pressoirs à huile à manège.
OBERMORSCHWILLER renferme 488 habitants catholiques. C'est une commune riche. La population y est active et économe. Quelques habitants font, sur une très petite échelle, le commerce des grains, mais ce commerce n'est d'aucune importance. Il y a peu de prairies. L'irriga¬tion est impossible, mais cependant le fourrage est de bonne qualité.
Obermorschwiller avait un ban de 596 hectares avec 4.965 parcelles. Le village réunissait en 1854, 94 maisons. Pour les prestations en nature on avait noté un total de 117 hommes, 55 voitures attelées et 119 animaux de trait. On y rencontrait quelques commerçants inhabituels : trois mar¬chands blatier (de blé) avec bête de somme, un marchand blatier avec voiture, un vitrier en boutique, un ferrailleur, un tisserand, un tourneur sur bois.
SCHWOBEN est peuplé de 231 habitants catholiques. Le Thalbach fait mouvoir un moulin à une paire de meules, seul établissement indus¬triel de la commune (36). La population est aisée et laborieuse, cultivant un sol de bonne qualité et irriguant avec succès des prairies produisant de bons fourrages.
Cette petite commune exploitait 228 hectares fractionnés en 2.105 parcelles. En 1854 les services du contrôle inscrivaient un total de 43 maisons. 43 hommes, 27 voitures attelées et 51 bêtes de trait devaient des prestations en nature pour l'entretien des chemins. Seuls un cabaretier, un marchand de chanvre, un cordonnier, payaient, avec le meunier, patente.
TAGSDORF est chef-lieu de perception et compte 382 habitants catholiques. C'est un village bien bâti, mais généralement pauvre. Tags¬dorf, comme établissement industriel, ne possède que deux fabriques de tuiles et de chaux naturelle fort peu importantes puisque la fabrication, à laquelle sont employés deux ouvriers seulement, ne produit annuelle¬ment que 25.000 tuiles en moyenne. Quelques habitants sont aisés il est vrai, mais la plus grande partie, malgré la qualité du sol, et des récoltes qu'il fournit, végète dans un état de gêne voisin de l'indigence. Le pas¬sage du roulage se rendant à Baie amène à Tagsdorf quelque petit com¬merce dont l'influence se faisait parfaitement sentir avant l'établissement du chemin de fer.
Le terroir de cette commune couvrait 243 hectares répartis entre 2.105 parcelles. Le nombre des maisons était de 65 en 1854. En même temps 67 hommes de 18 à 60 ans, 27 voitures attelées et 54 animaux de selle et de trait étaient astreints aux prestations en nature. Outre quelques petits commerçants et artisans on notait trois cabaretiers et un voiturier ayant plusieurs équipages.
WILLER groupe 724 habitants catholiques. Ce village, situé sur une hauteur, est aisé et renferme un grand nombre de mendiants à peine logés (37). Cette misère provient de la paresse des habitants, car leur sol est peut-être le plus fertile de tout le canton d'Altkirch. Les mœurs y sont presque sauvages. Il n'y a aucun cours d'eau si ce n'est un ruisseau presque toujours à sec alimentant un moulin d'une très médiocre impor¬tance. Il se trouve aux environs de Willer des traces d'une voie romaine appelée encore de nos jours « Rœmerstresslé ».
Le territoire de Willer avait une superficie de 607 hectares partagés en 4.704 parcelles. En 1854 on y dénombrait 128 maisons, chiffre qui tombera à 121 en 1870. Les prestations en nature devaient être fournies par 141 hommes, 64 voitures attelées et 135 animaux de trait. Parmi une douzaine de petits commerçants et artisans on trouvait un exploitant de pressoir à huile à manège, deux cordiers, un arpenteur, un chiffonnier en détail.
VII. — Le canton de Hirsingue vu dans son ensemble.
Ce canton est sillonné par deux routes départementales et trois che¬mins de grande communication. Les routes départementales sont celles de Guebwiller à Lucelle et du Doubs à Bale.
Les conditions naturelles : Ce canton est couvert de magnifiques forêts de haute futaie, généralement de premier choix, ce qui constitue pour les communes une grande source de richesse. Le sol est légèrement montueux, il est froid, argileux, et produit des céréales telles que blé, seigle, orge, avoine, pommes de terre etc. de moyenne qualité. En général les propriétaires cultivent eux-mêmes leurs petites propriétés de sorte que le territoire ne présente généralement que petite culture. Beaucoup de cultivateurs afferment des parcelles ou des propriétés de peu d'étendue pour compléter leur exploitation rurale. L'Ill et la Largue alimentent tous deux de nombreuses usines. Les eaux de la Largue seules, qui coulent presqu'à fleur de terre, sont utilisées pour les irrigations. Celles de l'Ill, trop profondément encaissées dans leur lit, ne pourraient être employées sans de grands travaux que les propriétaires de prés ne veulent et ne peu¬vent entreprendre. Il suffirait pour faire disparaître les inondations de canaliser la rivière, d'empêcher les empiétements que font journellement sur le lit du cours d'eau les propriétaires riverains et qui en rétrécissent ainsi la largeur, enfin d'établir au moyen d'association de propriétaires intéressés le système d'irrigation suivi dans la partie nord du canton d'Altkirch.
Les mœurs : L'habitant de la Largue est généralement laborieux. Il est attaché au patrimoine que lui ont laissé ses ancêtres et s'adonne exclusivement à l'agriculture. Ses mœurs sont rudes et ses habitudes grossières. Il est d'une ignorance profonde. Cette circonstance explique la facilité avec laquelle il se laisse circonvenir par les Juifs et les usuriers qui ont à peu près ruiné le pays. L'habitant de la vallée de l'Ill est brutal, paresseux et intempérant. Ses habitudes sont dispendieuses en égard à la faiblesse de ses ressources. Plein de vanité il aime à acheter toujours, sans s'occuper jamais des moyens de s'acquitter envers ses créanciers. Aussi cet état de choses le force-t-il, le moment de l'échéance venu, à des emprunts onéreux qui achèvent la ruine d'une fortune primitive déjà délabrée par des mœurs dissolues. Les villages les plus misérables de cette vallée sont Oberdorf, Waldighoffen, Grentzingen et Steinsoultz, dont la population ne trouve son existence que dans la contrebande et la mendicité. D'un autre côté il est juste de reconnaître que deux petits villages forment une heureuse exception à cette règle générale de misère et de paresse. Ce sont les communes de Bettendorf et de Henflingen, qui se distinguent par une avance peu commune et l'empressement avec lequel chaque habitant cherche à se libérer des charges qui peuvent peser sur lui.
Le commerce et l'industrie : Le commerce de bois, de céréales et de bestiaux est le seul auquel se livre habituellement l'habitant du canton de Hirsingue. Comme établissements industriels on compte 26 moulins, j tuileries, une tannerie, une forge et une scierie mécanique. Ces usines sont mues par l'Ill, la Largue et le Dorfbach (les tuileries exceptées) (38).
La pisciculture : Ces trois rivières sont assez poissonneuses. L'élevage de la carpe constitue dans le canton une industrie assez importante II y existe de nombreux étangs dont la plupart ne sont alimentés que par les eaux de pluie Leur profondeur varie depuis deux jusqu'à trois mètres. On n'y élève que des carpes et des brochets. Presque tous ces étangs sont dépeuplés en automne et repeuplés en mars. Pour les féconder Us sont mis à sec tous les cinq ou six ans en automne, labourés au printemps et ensemencés d'avoine. Une partie du produit qu'on en retire reste dans le pays et le surplus s'expédie dans le Bas-Rhin et la Suisse.
L'agriculture : Le cultivateur du canton est généralement routinier II persiste à suivre les anciennes méthodes de culture et se trouve être ainsi l'ennemi naturel de toute espèce d'innovation. Cette vieille ornière dans laquelle il végète est l'assolement triennal sans discontinuité. Cette méthode de faire sans cesse produire une terre, même en la fumant conve¬nablement, la ruine en partie, tandis que la laisser en jachère, une année sur trois, augmente beaucoup sa fertilité. Toutefois il faut reconnaître que le morcellement des propriétés et la pauvreté de chaque cultivateur le forcent à n'adopter aucune méthode progressive, car ne pouvant se priver du revenu annuel de son champ, il ne saurait en distraire la plus petite parcelle et l'affecter à des essais temporairement improductifs.
Les monuments : Dans le canton d'Hirsingue on remarque l'église paroissiale d'Hirsingue, construite en 1772, sa belle ornementation et sa flèche élancée. A côté de l'église se trouve une chapelle qui renferme quelques-uns des tombeaux des comtes de Montjoie. Le beau château de cette noble famille fut détruit en 1793. Il en existe encore une petite partie. L'église paroissiale d'Hirtzbach avec portail de colonnes de l'ordre dorique, mérite aussi d'être mentionnée. On y trouve une chapelle bâtie aux frais du baron de Reinach et un caveau, qui depuis trois siècles sert de sépulture à cette famille, dont les descendants habitent aujourd'hui un assez joli château. Enfin le troisième édifice curieux du canton est l'église de Feldbach et le prieuré de Bénédictines, dont on voit encore les restes. Ce prieuré fut fondé en 1144 par un comte de Ferrette. La vieille église bâtie dans le style gothique, également par les comtes de Ferrette renferme un caveau qui servait de sépulture aux membres de cette famille (39).
En 1789 18 communes dépendaient de M. le duc de Valentinois; quatre appartenaient au comte de Montjoie (Hirsingue, Heimersdorf, Ruederbach, Bisel), une à M. de Landenberg (Seppois-le-Bas), une à M. de Reinach (Hirtzbach), et une à M. d'Eptingen (Oberdorf). Aujourd'hui ces 25 communes forment trois perceptions, celles de Hirsingue, Bisel et Friesen.
VIII. — Les communes dépendant de la perception de Hirsingue.
Le percepteur d'Hirsingue administrait les communes de Betten-dorf Grentzingen, Heimersdorf, Henflingen, Hirsingue, Oberdorf, Ruederbach, Steinsoultz et Waldighoffen.
BETTENDORF, lisons-nous dans le registre, renferme 518 habi¬tants catholiques. Le village est situé sur l'Ill, qui fait tourner deux mou¬lins à blé, avec foulon, huilerie et machine hydraulique pour battre le blé (40). Bettendorf est le siège d'une brigade de douanes.
Le territoire de la commune avait une superficie de 456 hectares. 93 maisons composaient, en 1854, le village. A la même époque 84 hom¬mes, 47 voitures attelées et 85 bêtes de trait étaient soumis aux presta¬tions en nature. Outre les deux moulins plusieurs commerçants et arti¬sans payaient patente, parmi eux un marchand de farine, un maréchal-ferrant, un sabotier, un exploitant de pressoir à huile.
GRENTZINGEN est peuplé de 682 habitants catholiques. Le vil¬lage est situé dans une vallée fertile arrosée par l'Ill, qui fait tourner un bon moulin à blé. Il y a une petite tannerie dans la commune. Malgré la bonne qualité de ses terres et l'excellence de ses prés Grentzingen est un des plus pauvres villages de l'arrondissement. Cela tient aux dettes hypothécaires et autres, dont sont grevés, pour ainsi dire, tous les habi¬tants. Pour mettre le comble à cette misère un jugement rendu en 1851 par le tribunal d'Altkirch a condamné cette commune, à payer, solidai¬rement avec celle d'Oberdorf, une somme de plus de cent cinquante mille francs aux Israélites, dont les maisons ont été pillées à Oberdorf à la révo¬lution de 1848. On ne voit pas la possibilité d'exécuter ce jugement. Aussi est-il resté sans effet jusqu'alors.
Les 500 hectares de son terroir étaient fractionnés en 4.304 parcelles. En 1854 125 maisons formaient le village (41). En même temps 145 hom¬mes, 54 attelages et 103 animaux de trait devaient des prestations en naturel. Les petits commerçants et artisans y étaient assez nombreux. On note parmi eux quatre marchands de porcs, un marchand blatier (de blé) avec voiture, trois boulangers, un horloger, un arpenteur, un sabotier, un barbier et un exploitant de tannerie de cuirs forts et mous.
HEIMERSDORF groupe 632 habitants catholiques. Le village est situé au milieu des bois. On compte dans la commune trois moulins à blé, dont un seul passable, et une petite scierie mécanique. Ces usines sont mises en activité par un petit ruisseau sans nom, affluent de l'Ill à Hirsingue. La ferme dite de la Seigneurie fait partie de la commune. On remarque à Heimersdorf une chapelle bien conservée et entretenue avec soin, qui date dit-on, du VIIIe ou IXe siècle et qui est dédiée à sainte Odile. Le village de Heimersdorf faisait partie du domaine d'Eticon, père de cette sainte (42).
Le ban de Heimersdorf couvrait 741 hectares avec 3.735 parcelles. 121 maisons composaient, en 1854, le village. 160 hommes de 18 à 60 ans, 50 voitures attelées et 129 bêtes de trait étaient dénombrés pour le service des prestations en nature. Parmi les métiers payant patente,
en plus des trois moulins et de la scierie mécanique, on relève deux mar¬chands de bois à brûler, deux scieurs de long, deux sabotiers et d'autres professions plus courantes.
HENFLINGEN, avec seulement 185 habitants, est un très petit village, annexe de Grentzingen. Il est situé sur l'Ill et est sans usine ni industrie.
Cette petite commune s'étendait sur 354 hectares morcelés en 2.000 par