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Images du Sundgau

Sélections d'articles anciens

André MUNCK

Dans un jardin solitaire, il sent de rudes combats, II prie, il craint, il espère, son cœur veut ou ne veut pas, Tantôt la crainte est plus forte, tantôt l'amour plus fort, Mais enfin l'amour l'emporte, et lui fait choisir la mort. Extrait de la planche N° 1824, Imagerie Pellerin, Epinal : « Le tribunal injuste » - 2e strophe
Alors Jésus parvient avec eux à un domaine appelé Gethsémani (Mathieu 26,36). ...s'en alla avec ses disciples de l'autre côté du torrent du Cédron. Il y avait là un jardin dans lequel il entra, ainsi que ses disciples (Jean 18, 1). Il sortit alors et se rendit comme de
coutume au Mont des Oliviers (Luc 22,39). ...et Jésus dit à ses disciples : « Restez ici, tandis que je prierai. Puis il prend Pierre,Jacques et Jean (Marc 14,32/33). Puis il s'éloigna d'eux à la distance d'un jet de pierre environ et, fléchissant les genoux, il priait (Luc 22,41). Il revint et les trouve en train de dormir (Marc 14,37).


La Passion du Christ a inspiré, depuis le Moyen-âge, d'innombrables artistes qui, puisant dans les évangiles apocryphes, ont cherché à exprimer et rendre visible pour l'édification du commun des mortels, la Vie et la Passion de notre Seigneur dans toutes ses phases. Si le Christ en croix est de loin le symbole le plus répandu dans la chrétienté, d'autres scènes extraites de sa vie ont connu épisodiquement une large diffusion. Ainsi les statues du Mont des Oliviers ou Oelberg venues jusqu'à nous en témoignent encore.
Mais que nomme-t-on un « Oelberg » dans le Sundgau ? C'est un groupe de cinq statues ayant comme personnage principal le Christ. Il est toujours présenté à genoux, vêtu d'une ample robe lui descendant jusqu'aux pieds nus, les mains élevées à la hauteur du visage, le regard tourné vers le ciel.
Puis viennent les trois apôtres, Pierre, Jacques et Jean, leur caractéristique principale : ils dorment ! ! ! Les positions varient toutefois, soit couchés, soit assis dans des positions plus ou moins confortables, une main soutenant la tête, l'autre tenant une épée, il s'agit alors de Pierre, ou un livre ouvert ou non pour Jacques et Jean, Jean est toujours imberbe. La cinquième figure qui vient s'ajouter et compléter le tableau est un ange ailé vêtu de blanc tenant dans une main un calice placé en hauteur face au Christ, accroché au mur ou placé sur un tertre de rochers. Ce n'est que dans l'Evangile selon Saint Luc qu'il est question de l'ange au chapitre 22, verset 43 : « Alors lui apparu venant du ciel un ange qui le réconfortait ».

Nous voudrions par notre modeste contribution à ce chapitre de l'art en Alsace essayer de retrouver les groupes encore existants dans le Sundgau, de faire l'inventaire de ces statues et de conter leur histoire ou du moins ce que nous avons pu en trouver.
Les trop rares chercheurs qui se sont penchés sur ce problème l'ont fait dans le cadre général de l'Alsace, mais ont un peu négligé le Sundgau. Evidemment, il peut paraître plus intéressant d'écrire sur le Mont des Oliviers de la Cathédrale de Strasbourg, plus imposant dans sa scènerie et dans ses personnages, ou sur celui de Dusenbach, daté de 1494, dont on connaît le donateur et les circonstances de la mise en place.
Pour le Sundgau, le silence est presque total. Dans son étude « Elsassische Oelberge » («Elsassland » 1928) Lucien Pfleger n'en cite que quatre : Dietwiller, Burnhaupt-le-Bas, Ranspach-le-Bas, et Wittenheim (par une faute d'impression devenu Witternheim), erreur reprise d'ailleurs par Luc. Hucber (« Neuer Elsasser Kalender », 1961). Il y ajoute cependant l'Oelberg de Brunstatt, celui de Balschwiller, le Christ en agonie du Musée de Mulhouse provenant de Rosenau, ainsi que celui se trouvant au Musée à Strasbourg, mais provenant du Sundgau.
Krauss dans « Kunst und Alterthum in Elsass-Lothringen » qualifie celui de Dietwiller de « schlechte moderne Arbeit » (mauvais travail moderne). Ceci peut se justifier par rapport au Christ des musées de Strasbourg ou de Mulhouse par exemple, mais non en comparaison de ceux faits dans le même temps, c'est-à-dire au XVIIe et XVIIIe siècles, des statues issues de l'art populaire que Krauss avait tendance à ignorer.
Mes pérégrinations à travers le Sundgau à la recherche des croix et calvaires m'ont amené, à la suite du vol (1963) d'une statue de st Pierre de l'Oelberg de Landser, à m'intéresser aussi au sort de ces statues. Elles disparaissent en trop grand nombre sans laisser de traces et sans que ces disparitions suscitent plus que quelques lignes dans le journal quotidien, faits-divers qu'on oublie trop vite en ces temps !
Mais ce problème ne date pas d'hier, car de tout temps il y eut des gens qui, soit acharnés collectionneurs, soit stupides prédateurs, enlèvent ou détruisent le bien de tout le monde pour leur plaisir propre ou par bêtise, sans penser à la multitude pour qui ces choses furent créées !
Nous citerons à ce propos les apôtres disparus de l'Oelberg de Fislis et les statues mutilées de celui d'Altkirch. N'oublions pas de mentionner quelques habitants bien intentionnés de nos villages sundgauviens, qui ayant un peu de peinture en trop, s'empressent d'en user à tort et à travers, en badigeonnant quelques statues qui n'en demandaient pas tant... En ces temps de profonds changements où les valeurs d'antan, qui nous ont été léguées, se perdent de plus en plus, il faudrait essayer de conserver et de protéger le pauvre reste arrivé jusqu'à nous.

Un classement des « Oelberge » sundgauviens d'après leur dispersion géographique n'apporte que peu de renseignements quant au fait de leur implantation en tel ou tel village. On en rencontre dans des petits villages p. ex. à Wolschwiller à la frontière suisse ou à Mollau au fond de la vallée de la Thur. Il semble pourtant que les villages ayant eu en leur temps une certaine importance soient plus favorisés ainsi que les pèlerinages locaux de nos jours pratiquement oubliés.
Les confréries qui, au XVIe siècle, prirent un essor considérable dans la région, ne paraissent pas étrangères à la mise en place de ces groupes de statues. Avec certitude, nous pouvons avancer le cas de Blotzheim où fut créée une confrérie de la Bonne Mort en 1756, qui connut une large audience et à laquelle des villageois de tout le Sundgau contribuèrent à donner un éclat particulier jusqu'à la Révolution.
Implantées dans presque chaque village ces confréries de saint Sébastien ou de la Bonne-Mort (Todes-Angst Bruderschaft et Bruderschaft des Guten Todes) avaient pour but principal une entraide mutuelle et surtout celui de l'obtention d'une bonne mort, c'est-à-dire en dehors du péché mortel.
Quand on note aujourd'hui ce qui était considéré comme péché mortel, pour ceux qui n'avaient point d'autres attaches que le catéchisme enseigné en leur temps, à côté de ce qui l'est maintenant, il ne faut pas s'étonner de l'affluence qu'il y eut à s'inscrire dans l'une de ces confréries, qui moyennant une certaine contribution assez variable suivant les villages, promettait une mort, sinon sans reproches, du moins de la part des adhérents, des prières permettant une accession plus rapide à un paradis comme un simple paysan pouvait se l'imaginer et auquel il eut sans doute droit.
Pour cette finalité de bonne mort, les confrères se réunissaient à certaines dates fixes du mois et à quelques fêtes liturgiques particulières pour méditer en commun et prier pour les défunts de la confrérie. Les livres de prières, dont quelques exemplaires sont parvenus jusqu'à nous, sont tous axés sur le thème de la Passion du Christ et surtout sur celui de son agonie au Mont des Oliviers.
Aujourd'hui ces confréries, quel que soit leur nom, n'ont pratiquement plus d'autres effets que de faire dire une messe lorsqu'un des confrères décède. Maintenant encore dans nos villages sundgauviens chacun fait partie de la confrérie, sauf les nouveaux venus dans les quartiers annexes ou ceux des résidences secondaires, cela revient en fait pour le curé de la paroisse, à dire dans la quinzaine qui suit un décès, une messe en souvenir du défunt.
Fini le temps où le vendredi à midi, la cloche sonnant, on s'agenouillait, à la maison comme aux champs, pour s'appesantir sur les souffrances vécues par le Christ ; l'esprit même de ces confréries s'est perdu, cela appartient maintenant au passé, dommage qu'on ne puisse le faire revivre ...

Les Monts des Oliviers existant encore dans le Sundgau sont de deux natures bien différentes, les uns en pierre et les autres en bois.
Les Oelbergs sculptés dans la pierre étaient surtout destinés à être exposés toute l'année durant à l'extérieur des églises sous un auvent avec ou sans murs sur les côtés, qui les protégeaient contre les intempéries, ou rarement dans l'ossuaire (Kârner). Ainsi tout visiteur ou fidèle pouvait à loisir se recueillir et méditer sur la causalité de la vie et de la mort du Christ ainsi que des défunts inhumés au cimetière ayant entouré jadis les églises.
Quant aux Oelbergs sculptés dans le bois ils n'avaient en principe qu'un rôle épisodique à jouer dans la vie religieuse. On les exposait, le Vendredi Saint, à la vénération des fidèles, devant ou à côté de l'autel principal, avec sa croix en deuil, rappelant ainsi le premier épisode de la Passion de notre Seigneur au Mont des Oliviers, où le Christ souffrit pour l'humanité. Puis on les reléguait à nouveau pour une année à la sacristie ou au grenier de l'église. Dans les dernières décennies, ces pratiques se sont perdues, considérées comme désuètes et jugées inutiles.
Ces objets de dévotions sont voués à un oubli voulu en notre XXe siècle. Les « hommes de douleurs », les « portements de croix », les « tombeaux du Christ », les « chemins de croix », tous les saints, même le Christ en croix sont relégués aux rayons poussiéreux des oubliettes... Des murs presque nus et un micro vous accueillent dans de nombreuses églises, même de campagne. Fini le temps où le paysan ou le citadin entrant dans un sanctuaire pouvait non pas voir pour croire, mais voir pour comprendre. Est-ce un bien ou un mal, la postérité en jugera... La prise de conscience de la Passion du Christ par un pratiquant se fait maintenant dans le domaine de la spiritualité pure, la visualisation d'un fait marquant de la Passion du Christ par un exemple concret est passé de mode. Donc l'image est inutile et banni de ce fait.
Les plus anciennes statues des Oelbergs n'étaient pas travaillées à l'arrière, c'est le cas pour le Christ d'Altkirch et la statue de saint Pierre de Cernay. Ces statues étaient prévues pour être disposées contre un mur, le Christ regardant vers la gauche, l'ange au calice à droite et les apôtres en dessous.
Cette disposition est une conséquence directe de la règle d'or, chère aux peintres et autres artistes, qui veut que l'œil humain, examinant une scène ou un tableau, regarde toujours en partant du côté bas gauche vers le haut à droite, pour ensuite seulement s'attarder sur les détails.
On peut admettre que les premiers Oelbergs furent copiés sur le vitrail ou la fresque, le vitrail imagé se trouvant dans des édifices religieux d'une certaine importance, églises de villes ou pèlerinages réputés ; tandis que la fresque, tombant en désuétude, était néanmoins présente dans les couvents. L'image présente aussi un exemple concret par une gravure d'Albert Durrer de 1515, qui illustre parfaitement la scène du Mont des Oliviers, comme elle nous est restituée par nos groupes de statues. Les jeux de la Passion, copie fidèle dans leurs scènes des Evangiles apocryphes, mettaient également en relief l'agonie du Christ comme première scène de la Passion. C'étaient des manifestations très importantes pour lesquelles on accourait de loin et qui ont joué un rôle non négligeable dans la vie spirituelle et religieuse durant la semaine pascale.
Nos villageois y avaient, sous leurs yeux, les exemples de ce qu'ils eussent souhaité posséder dans leur propre village. Quoi de plus naturel alors, à défaut d'un artiste réputé et cher, que de faire confectionner un groupe de statues par un artisan local et anonyme, qui avec amour certes, mais un peu moins de talent, nous a laissé les statues que nous pouvons encore contempler aujour¬d'hui. Art populaire qui jusqu'à ces dernières années a été trop méconnu et négligé, mais auquel nos voisins suisses et allemands sont sensibilisés depuis fort longtemps.
Voici la liste des villes et villages du Sundgau où un tel groupe figure encore ainsi que la revue d'ensemble de ce qui existe de ces statues à ce jour : Altkirch, Balschwiller, Blotzheim, Brunstatt, Burnhaupt-Ie-Bas, Cernay, Dietwiller, Ferrette, Fislis, Hagenbach, Landser, Masevaux, Ranspach-le-Bas, Roppentzwiller, Rosenau (dont le Christ se trouve au Musée de Mulhouse), Thann avec le reste de 2 groupes et Wolschwiller.
Dix de ces groupes étaient ou sont en bois, les autres en pierre. Il existe encore 16 représentations du Christ, 10 de saint Pierre, 9 de saint Jacques, 10 de saint Jean et 7 anges au calice.
Il faut encore mentionner le tableau en bois sculpté du commencement du XVIe siècle représentant cette scène qui se trouvait dans l'église paroissiale de Wittenheim, mais fut détruit par le fer et le feu en hiver 1944-45. A noter aussi le relief en pierre sur le côté de l'église de Ruelisheim qui d'une façon touchante et naïve présente le même sujet.
Le plus ancien groupe sundgauvien semble être celui en pierre se trouvant dans l'église paroissiale d'Altkirch. Krauss dans « Kunst und Alterthum in Elsass-Lothringen » écrit : « pas trop mauvaise sculpture du XVIe siècle ». Gutzwiller la situe du XIIIe siècle, Higelin pour une partie au Xlle siècle, ce qui paraît exagéré.
Celui du pèlerinage marial de Dusenbach près de Ribeauvillé passe pour être le premier mis en place en Alsace, pour la raison bien simple que la date de 1494 figure sur le socle de l'ange et qu'on connaît son histoire. Ni gravée dans la pierre ou le bois, ni dans les archives on n'a pu trouver une date plus ancienne. Ce qui n'exclut pas une antériorité de celui d'Altkirch par exemple.
D'après Lucien Pfleger « Elsassische Oelberge », les premiers Oelberge en Allemagne remonteraient au XIIIe siècle ; ils pourraient donc fort bien avoir servi de modèles, du moins pour les premiers implantés en Alsace. Cet historien rapporte également quelques dates d'érection de ces groupes en Alsace : 1504 à Rouffach, 1517 à Obernai, 1507 à Haguenau. Joseph Lefftz, folkloriste bien connu, nous a communiqué en plus les suivants : 1497 Niederhaslach, 1498 Si-Thomas à Strasbourg.
L'état du Christ mutilé en pierre au cimetière de Masevaux ne permet guère d'avancer une date de création, mais il semble, d'après le drapé de la robe, être un des plus anciens. Les restes de ceux de Thann et de Cernay appartiennent au XVIe siècle, le groupe de Blotzheim est le plus récent.
Les groupes, dont les statues sont en bois, datent en majorité du XVI le et XVIIIe siècles. Quelques-uns d'entre eux sont assez abîmés ayant été exposés trop longtemps aux vicissitudes des intempéries.
Il est certain que nombre de ces groupes de statues ont été entièrement détruits, mais il paraît pourtant téméraire d'affirmer, comme le fait Lucien Pfleger, que presque chaque village d'Alsace possédait un Oelberg. Cela nous amènerait rien que pour le Sundgau à environ 200 groupes, alors qu'il n'en existe plus qu'une vingtaine. Il semble peu vraisemblable qu'un aussi grand nombre ait disparu sans laisser de traces ou du moins un souvenir dans l'esprit des habitants, comme c'est le cas pour Waldighoffen, car même là, où ces statues n'existent plus, la tradition locale s'en rappelle aujourd'hui encore fort bien.

ALTKIRCH

L'Oelberg d'Altkirch, sculpté en grès rosé et finement travaillé, semble comme nous l'avons déjà dit, le plus ancien ; le Christ à genoux mesurant 1,50 m de hauteur, a les mains jointes, le regard implorant tourné vers le ciel, une abondante chevelure finement ciselé lui tombe sur les épaules, les trois apôtres sont assis dans diverses postures et dorment, l'ange manque.
Ce groupe de statues avait sa place primitive sans doute à côté du portail de l'ancienne église d'Altkirch démolie en 1844. De son histoire passée, il ne reste que peu de traces. On sait qu'au commencement de la guerre 1914-18 les statues furent soigneusement protégées par le chanoine Sutter, alors curé d'Altkirch, et plus tard mises à l'abri sous la nef de l'église et recouvertes de sacs de sable, ceci grâce à un officier allemand, ami de l'art. A partir de 1920-21, après réparations des dommages causés à l'église, elles reprirent leur place à l'intérieur.
En 1931, sur l'initiative de l'abbé Cetty, vicaire à Altkirch et après approbation par le conseil de fabrique (12 avril 1931), le groupe de statues fut érigé à côté de l'église dans un cadre de verdure, propice au recueillement. Les travaux commencèrent fin juin 1931 ; sur le parchemin scellé dans le socle en béton on lisait ceci : « L'an du Seigneur 1931, le vendredi 26 juin, M. le chanoine Dussère, curé et M. Jourdain, maire d'Altkirch, furent commencés les travaux de maçonnerie de ce jardin des Oliviers. Les statues proviennent de l'ancienne église d'Altkirch, le plan du jardin a été établi par M. l'abbé Cetty, vicaire, les travaux ont été exécutés par la ville, les matériaux proviennent de particuliers d'Altkirch ». La bénédiction solennelle faite par le chanoine Dussère eut lieu dimanche 16 août de la même année devant une foule considérable, l'abbé Cetty fit le sermon en deux langues. Le soir le groupe fut illuminé par 80 lampes multicolores ainsi que par la lumière d'un projecteur faisant ressortir à merveille les traits finement ciselés du Christ. Lors d'une visite de Mgr Ruch, la même année, celui-ci admira longuement cette belle réalisation et félicita son auteur, l'abbé Cetty. Du temps de l'occupation allemande, quelques jeunes fanatiques de la « Hitlerjugend » (jeunesse hitlérienne) eurent l'idée originale de casser le nez des quatre statues. A la suite de cet acte déplorable, on mit les statues dans la cave du presbytère.
Ce n'est qu'en 1962 que l'abbé Oberlé, curé d'Altkirch, les tira de l'oubli pour les exposer sur le gazon, à la place même où elles se trouvaient avant 1939.
Depuis les statues ont réintégré l'intérieur de l'église où l'on peut les admirer dans le transept sud. Il serait peut-être souhaitable que ces statues, qui font partie du patrimoine artistique de la ville, trouvent un emplacement qui leur convienne mieux, c'est-à-dire qui mette en valeur la finesse de la sculpture et l'aspect général de ce groupe, l'un des plus beaux de tout le Sundgau.

BALSCHWILLER

En pénétrant dans l'enceinte du cimetière de Balschwiller, on aperçoit tout au fond à droite, dans un recoin, une petite construction avec un toit à bâtière, fermée à l'avant par une grille en fer. C'est l'ancien ossuaire où l'on entreposait les restes d'ossements trouvés lorsqu'on creusait une nouvelle tombe.
A l'entrée de ce petit édifice se trouve, encastrée dans le sol, la pierre tombale de Martin Itten de Steinbrunn-le-Haut, curé de Balschwiller de 1725 à 1754, enterré dans le chœur de l'église. Lorsqu'on 1848-49 on procéda à la construction d'un nouveau sanctuaire, sa pierre tombale trouva place dans l'ossuaire désaffecté ainsi d'ailleurs qu'un groupe du Mont des Oliviers en bois.
A l'intérieur de l'ancien ossuaire se trouve peint en sépia sur les trois murs une fresque représentant Jérusalem avec la colline du Golgotha, surmontée de trois croix. Dans le coin droit se dresse un tertre fait d'un amoncellement de pierres naturelles de toutes tailles qui sert de support à la statue du Christ. Se présentant de profit au visiteur il a les mains légèrement écartées en un geste de supplication s'harmonisant bien avec la tête tournée vers le haut ; il manque sur le côté gauche du corps une bonne partie et de ce fait on aperçoit l'intérieur qui est entièrement évidé. Près du mur gauche de l'ossuaire se tient le groupe formé par les trois apôtres, de gauche à droite Saint Jean assis, puis Saint Jacques couché et Saint Pierre assis. Saint Jean soutient de la main droite sa tête, tandis que Saint Pierre a les bras croisés.
En regardant l'arrière de ce groupe des trois apôtres l'on remarque de suite une cassure assez nette entre Saint Jean et les deux autres ; il semble que Saint Jacques et Saint Pierre aient été refaits sur le modèle de Saint Jean. Les traits de Jacques et de Pierre, leurs barbes ainsi que les cheveux de Pierre confirment cette supposition. En plus, des traces de brûlures se trouvent encore à l'arrière du côté de Saint Jean. Mais étant donné le nombre considérable et impressionnant de kilos de peinture qui ont servi à décorer les statues, il est difficile de se faire une opinion définitive à ce sujet.
Ce groupe, du moins le Christ et Saint Jean, date du XVIIe siècle, sans doute du commencement même. L'affirmer avec certitude est toutefois une utopie devant cette débauche de couleurs et de matière huileuse et brillante à souhait.

BLOTZHEIM

En son temps, Blotzheim était surtout connu pour son célèbre pèlerinage de Notre-Dame du Chêne (Sancta Maria ad Robur) où se rassemblait aux fêtes de la Vierge et à quelques fêtes particulières une foule de fidèles invoquant la Mère de Dieu. Le village et le pèlerinage eurent bien des fois à souffrir des méfaits des guerres, surtout de celle de Trente Ans. Ce n'est qu'à partir de 1717 que le pèlerinage connut un nouvel essor, qui dura jusqu'à la Révolution.
Le curé de Blotzheim, P. Frowin de Pelletier, fonda la confrérie de la Bonne Mort et mit en place au pèlerinage les statues de Jésus en son agonie. Cette confrérie fut approuvée par une bulle apostolique en date du 26 septembre 1756 et une lettre de l'évêque ; elle connut peu après le succès.
Une confrérie du Saint Sacrement avait existé auparavant à l'église paroissiale ; à la mort du curé Pelletier (1769), elle comptait 3.802 confrères, celle de la Bonne Mort en comptait 2.943 ; ces deux confréries, les plus importantes de tout le Sundgau, existèrent jusqu'à la Révolution où elles connurent le sort de toutes leurs semblables : elles furent supprimées.
En 1840, nous entendons à nouveau parler de l’Oelberg quand une pieuse jeune fille fit arranger sous l'auvent, des deux côtés de l'entrée de la chapelle du pèlerinage, une espèce d'amoncellement de rochers figurant le Mont des Oliviers sur lequel prirent place les statues en pierre. A gauche se trouve le Christ en prière, la tête tournée vers l'ange au calice fixé sous le plafond au mur de la chapelle. A droite de l'entrée, nous voyons dans l'ordre saints Jean, Jacques et Pierre, tous les trois allongés ne portent aucun attribut.

BRUNSTATT

Contre le mur de la sacristie de l'ancienne église de Brunstatt se trouvait au siècle dernier un groupe de statues en bois représentant la scène du Mont des Oliviers. De l'avis de connaisseurs, elles sont d'une rare finesse de travail d'un artiste resté inconnu et remonteraient au commencement du XVIe siècle. En l'année, 1882, Louis Joseph Stouff, curé de Brunstatt (1882 à 1892) les transféra dans la grotte nouvellement aménagée dans l'enceinte du pèlerinage de Burnen près de Brunstatt. Malheureusement au cours de la deuxième guerre mondiale, pendant l'hiver 1944-45, le Christ fut gravement endommagé. De cette belle sculpture, il ne reste plus que le buste restauré avec soin ainsi que les autres statues par Paul Binder, le regretté artiste-peintre de Brunstatt, comme le prouve l'inscription figurant sur le livre ouvert que tient entre ses mains l'apôtre Saint Jean.
Ce groupe trouva une place provisoire dans une salle sous la nouvelle église Ste-Odile de Brunstatt, mais est revenu dans l'église paroissiale.
L'emplacement à l'intérieur de la grotte du pèlerinage de Burnen étant devenu vacant, un paroissien de Brunstatt, Joseph Stutz, commanda en 1946 à l'artiste Saur d'Oberhergheim un Christ en prières qui prit la place de la statue endommagée. L'œuvre de la chapelle, pour sa part, commanda au même artiste les trois apôtres ainsi que l'ange, et le lundi de Pâques 1948, à l'occasion de la clôture de la mission, eut lieu la bénédiction solennelle de ce groupe par Mgr Weber, évêque de Strasbourg.

BURNHAUPT-LE-BAS

Dans la chapelle de la Vierge de l'église de Burnhaupt-le-Bas se trouvent les restes du Mont des Oliviers ayant orné jadis la chapelle St-Wendelin, pèlerinage très réputé en son temps, situé près du village. De ce groupe en pierre, presque grandeur nature, il ne reste plus que le Christ polychrome, dont les mains manquent, un apôtre barbu allongé avec des traces de peintures anciennes, ainsi que la tête très expressive d'un autre apôtre barbu, le reste fut ruiné pendant la guerre de 1914-18 dont Burnhaupt-le-Bas souffrit terriblement.
Cette scène du Mont des Oliviers, en pierre sculptée sur toutes les faces, semble appartenir au commencement du XVIIe siècle. En 1910, les statues furent rénovées, elles étaient à ce moment-là placées sous un auvent assez large, d'une dizaine de mètres de long, fermé à l'avant par une palissade en bois, le long du mur de la chapelle St-Wendelin, regardant vers le village.
Le mur du fond était couvert de fresques montrant en arrière-plan la ville de Jérusalem, à l'avant Judas, avec une tignasse rouge et la bourse de la trahison à la main, derrière lui des soldats en armes venus arrêter le Christ.
La statue du Christ se trouvait au centre entre le mur et la palissade, la tête tournée vers l'ange accroché sous l'auvent. Les apôtres se trouvaient à droite, couchés par terre, Saint Pierre tenant dans sa main le glaive dont la poignée était en pierre et la lame en bois.
Au courant de la guerre 1914-18, les statues furent enlevées par des soldats allemands, avant la destruction complète de la chapelle, et entreposées dans l'immeuble Haenig où se trouvait autrefois la cure. Après les hostilités, les statues furent exposées, par M. Grieneisen, sous la porte en ogive de la cave de cet immeuble où celui-ci aimait venir faire sa prière matinale. Après la reconstruction de l'église, M. le curé Goetz les fit transférer dans le nouveau sanctuaire où elles se trouvent encore à présent. Elles mériteraient d'ailleurs d'être mieux mises en valeur.

CERNAY

Cernay, comme toutes les villes de quelque importance, possédait jadis un Oelberg, cité pour la première fois en 1705. Il se trouvait à côté de l'église paroissiale, dans l'enceinte du cimetière avec son ossuaire. D'après une ancienne coutume, il semble que les curés de la paroisse ainsi que leurs plus proches parents aient été mis en terre devant cette représentation de Notre Seigneur au Mont des Oliviers.
En principe, le Mont des Oliviers se trouvait à côté du portail principal de l'église sous un auvent ; ce fut le cas pour celui de Cernay, dont il ne reste malheureusement plus que la statue de Saint Pierre, Elle se trouve maintenant près de la ferme du Lutzelhof, pratiquement oubliée, les mains mutilées, barbe et nez sommairement réparés. Elle y attend, au bord du chemin, qu'une âme charitable s'occupe d'elle. Hélas, elle est en pierre d'un poids considérable et a triste mine avec son reste de polychromie, dont on distingue encore quelques vestiges de rouge et bleu pour les vêtements et de peinture brune pour le rocher sur lequel Saint Pierre dort.
Krauss, déjà cité, place l'origine de cette statue au XVe siècle. Aujour¬d'hui, les avis sont partagés, ceci peut-être à cause des dommages et réparations qu'elle a subis.
Espérons qu'un jour elle retrouvera une place digne et qu'une restauration heureuse nous la remontre telle que, pendant fort longtemps, elle accrocha le regard des paroissiens de Cernay entrant ou sortant de leur église.

DIETWILLER

Dominant le village et son église, le clocher de l'ancienne église paroissiale dresse son altière silhouette au-dessus du paysage. A son ombre reposent les défunts de Dietwiller. Contre le mur du fond, à gauche de l'entrée du cimetière, se trouve un ossuaire contenant un groupe du Mont des Oliviers au complet. L'isolement des lieux, même maintenant que de nouvelles maisons s'élèvent aux alentours, a certainement attiré déjà maints amateurs de statues, mais une forte grille en fer interdit l'accès à l'ossuaire.
Ce que Krauss qualifie de « mauvais travail moderne » est le produit d'un de ses humbles artisans de village à la fin du XVIIIe siècle qui, avec ses faibles moyens, mais surtout avec son cœur a sculpté dans le bois ces cinq statues, copiées sur l'Oelberg de Landser et a essayé de doter ainsi son village des mêmes avantages que sa voisine.
Il y a quelques années ces statues ont été bien rénovées, le Christ est assez expressif, l'ange, par contre, est d'une facture très naïve, juché sur son socle de pierre agrémenté de feuilles de lierre. Quant aux trois apôtres, ils sont bien différenciés, Saint Jean imberbe, comme de coutume, le bras gauche replié sous la tête, l'autre reposant sur la poitrine, Saint Pierre avec un toupet de cheveux à l'avant du front a une allure un peu comique quoiqu'il tienne dans sa main droite une épée, quant à Saint Jacques, il dort du sommeil du juste comme les autres avec les deux bras croisés sur la poitrine. Ils sont tous les trois allongés à même le sol, sans aucun appui.

FERRETTE

Du Mont des Oliviers de Ferrette il ne reste plus que le Christ datant du commencement du XVIIIe siècle, taillé avec assez de finesse dans une pierre blanche. Le groupe complet se trouvait en son temps derrière l'église et la première mention de son existence remonte à 1748. Le Christ fut trouvé cassé en plusieurs morceaux, des apôtres il ne restait que des débris ; après réparation, le Christ trouva une place dans la grotte aménagée près de l'église. Ce lieu de recueillement fut béni solennellement le 13 septembre 1959 par le curé Marrer, ancien doyen de Ferrette. Sur l'histoire même de ce groupe rien n'est parvenu jusqu'à nous.

FISLIS

A Fislis aussi existait jadis un Oelberg sculpté dans le bois dont il ne reste, hélas, que le Christ et le buste d'un apôtre d'une belle facture datant de la fin du XVIe ou commencement du XVI le siècle.
Ici la déprédation naturelle du temps ou des faits de guerre ne sont pas en cause, mais une méconnaissance totale du patrimoine artistique confié. Ce groupe entier fut en effet donné (!) à un antiquaire suisse. Seule l'énergique intervention de l'abbé Bilger, alors curé d'Oltingue, venu par hasard à Fislis, sauva in extremis le Christ et le buste d'un apôtre alors qu'on s'apprêtait à les charger eux aussi dans une voiture. L'apôtre avait été préalablement scié en deux morceaux, les dimensions étant trop grandes pour le coffre de la voiture !

HAGENBACH

Dans son livre intéressant « Das Sundgaudorf Hagenbach » paru en 1964, Oscar Zink dit :
«A côté du Dorfweiherweg, on édifia en 1858 une chapelle des champs nommée Oelberg. Les donateurs en étaient la famille J. Meyer. L'intérieur, assez petit, abritait une statue du Christ au Mont des Oliviers. Par fait de guerre, elle tomba en ruines et dans les dernières années cette chapelle fut remplacée par une croix au bord du chemin».
C'est après la première guerre mondiale que cette chapelle fut remplacée par une croix, cette dernière elle-même détruite fut remplacée par la croix actuelle en marbre, encadrée par deux sapins et portant sur le socle l'inscription suivante : «Er hat mich geliebt und sich fur mich dahin gegeben, Gel 2.2».
La chapelle qui se dressait à cet endroit avait une longueur d'environ quatre mètres sur deux mètres de profondeur, les murs en moellons de soixante centimètres d'épaisseur soutenaient un toit en bâtière ; une forte grille en fer forgé à l'avant en interdisait l'accès.
A l'intérieur de la chapelle, il y avait d'abord le Christ à l'agonie dont parle l'auteur du livre, Zink, mais aussi les statues des trois apôtres dormant. Le Christ mesurant environ 1,20 m de hauteur était taillé dans la pierre ainsi que d'ailleurs les apôtres, seul l'ange était sculpté en bois. L'ange était en fait une ancienne statue de saint Sébastien criblé de flèches auquel on avait sculpté d'autres bras, ajouté des ailes et enlevé à ras du corps les flèches : réutilisation d'une statue qui ne servait plus, saint Sébastien, deuxième patron de la paroisse de Hagenbach, étant remplacé par saint François d'Assise au commencement du XVIIIe siècle. Cette statue se trouve encore entre les mains de la famille donatrice de la chapelle. Les quatre statues en pierre furent sauvées pendant la première guerre mondiale par les membres de la même famille. Comme elles étaient très lourdes, au lieu de les transporter au village sous la canonnade, on creusa à un endroit précis une fosse assez profonde dans laquelle ces statues furent couchées puis recouvertes avec du lehm. Elles y sont encore normalement, bien à l'abri des intempéries, des événements et des hommes, le lehm conserve bien ce qu'on lui confie.
Elles provenaient de l'ancienne église où, comme presque partout ailleurs sous un auvent protégeant, elles servaient à l'édification des fidèles. Jugées inutiles ou pas assez neuves ou belles après la construction de la nouvelle église paroissiale on ne les remit pas en place, d'où leur réemploi dans la chapelle de l'Oelberg.

LANDSER

En 1958 disparut, sans laisser de traces, l'ange de l'Oelberg de Landser, en 1963, ce fut au tour de l'apôtre Saint Pierre de quitter définitivement son village, ceci grâce aux soins attentifs d'un antiquaire helvétique peu scrupuleux sur les moyens de se procurer à bon compte une statue en bois ! Il faut dire aussi que l'ossuaire du cimetière dans lequel se trouvaient ces statues, était mal protégé. J'ai sorti en son temps ces statues pour les photographier sans que personne ne me demande quoi que ce soit, ou même s'en aperçoive.
Aujourd'hui on peut admirer le Christ, rénové et traité contre les vers du bois, à l'intérieur de l'église, à droite en rentrant par le grand portail, dans un encadrement de porte condamnée, protégé contre la convoitise par de solides barreaux. Les deux apôtres restants sont conservés au presbytère. On ne peut que regretter que ce groupe daté de la fin du XVI le siècle ou du début du XVIIIe siècle, soit resté si longtemps sans surveillance et aussi sans soins. Un Christ seul n'est pas un groupe du Mont des Oliviers.

MASEVAUX

Casser, dans son livre « Etude historique et monographique sur Masevaux et la vallée de la Doller » (1919), dit en parlant de l'ancienne abbaye que de nos jours, donc en 1919, une petite esplanade plantée de tilleuls est connue sous le nom de « Oehleberg » où, dans les grands jours d'humilité, le jeudi et vendredi saints, on récitait en son temps, en public, les litanies. Il ajoute que le cimetière de l'Oehlberg servait de lieux de sépulture à ceux qui étaient au service de l'abbaye.
De ce groupe, il ne reste que le Christ en pierre de la fin du XVe siècle, posé à l'entrée supérieure du cimetière de Masevaux. La figure rongée par la mousse, plus de nez, les yeux aveugles, la bouche tuméfiée, les avant-bras et les mains cassées, il n'est plus que l'ombre d'une statue. Pourtant sa chevelure, les plis de sa robe, son attitude permettent encore d'imaginer quelle belle sculpture cela fut du temps de sa splendeur, alors que les fidèles s'agenouillaient devant lui durant la semaine sainte, implorant le pardon pour leurs fautes et priant le ciel de leur conférer une bonne mort. Des apôtres et de l'ange il ne reste malheureusement rien.

RANSPACH-LE-BAS

Ce Mont des Oliviers est intéressant à double titre. En premier lieu par les statues en pierre qui auraient grand besoin d'un nettoyage complet et sérieux, et en second lieu par la décoration de la grotte dans laquelle ce groupe se trouve, et dont nous reparlerons ultérieurement.
Les statues datant du XVI le siècle sont d'une bonne facture quoi qu'en dise Krauss : « très médiocre travail du XVIIe siècle ». L'apôtre Pierre est assis, la tête légèrement inclinée sur la poitrine, une main sur le genou, l'autre posée sur le rocher, un toupet de cheveux orne son front dégarni. Les apôtres Jean et Jacques sont couchés à même le sol. En face du Christ à genoux un ange ailé en bois avec des ailes en tôle, suspendu au mur, pointe l'index gauche vers le ciel, la main droite tenant un calice.
La grotte artificielle dans laquelle se trouve ce groupe a un attrait particulier sous forme d'une fresque peinte sur des panneaux métalliques assemblés, qui orne le mur du fond et représente le Christ devant Caïphe le soir de son arrestation. Sur le mur gauche de la grotte figure le baiser de Judas au Christ, à droite la montée au calvaire, cette dernière scène peinte sur isorel en 1951, par Sutter, peintre d'Attenschwiller. Vingt personnages, docteurs de la loi et autres, encadrent dans le panneau principal le Christ dont les mains sont liées ; chacun, dans un texte allemand placé près de lui, exprime ce qu'il pense de la procédure et du Christ, innocent ou coupable, indulgent ou rigoureux dans l'application de la loi judaïque.
A un habitué des problèmes de l'art populaire, cette scène fait penser aux images d'Epinal. Nous retrouvons d'ailleurs tous les éléments dans une feuille de l'Imagerie Pellerin d'Epinal d'avant 1850, intitulée « Le Tribunal Injuste », planche N° 1824.
Ponce Pilate se lavant les mains dans une cuvette tenue par un serviteur est en surnombre par rapport à la fresque de Ranspach, par contre quatorze personnes seulement s'expriment alors qu'à Ranspach-le-Bas tous ont un texte. Ces vingt personnes sont les suivantes : Au milieu Kayphas (Caïphe) à la gauche Potiphar, Joram, Ehiris, Joseph d'Arimathia, Rabam, Rosmophem, Ri-phar, Simon Leprosus (lépreux), Mesa, Subat ; à la droite Ptolomeus, Nicodemus, Darabios, Josaphat, Sareas, Achias, Sarinti, Teras, Samech.
Dans la chapelle de l'Oelberg de Roppentzwiller se trouve une scène analogue quoique beaucoup plus récente que celle de Ranspach-le-Bas.
Les cinq statues de l'Oelberg et la fresque de Ranspach étaient exposées en son temps tout à côté de l'entrée du cimetière dans une chapelle en bois peu profonde et moins large que la grotte actuelle, avec un toit à une seule pente vers l'arrière et une palissade en bois à l'avant. Cette chapelle était en très mauvais état, tombant pratiquement en ruines, les statues se trouvaient reléguées dans un coin de l'église près de la sacristie. D'après la tradition orale, un certain Jean Heitzmann de Ranspach-le-Bas serait à l'origine, avant 1851, date de sa mort, d'une réfection complète de la scène peinte. En 1924, le curé Weiss, entré en fonction depuis peu au village, fit construire la grotte, dont les donateurs furent les familles Runser-Kaelbert, et mettre en place les plaques de métal et les statues. L'ensemble fut solennellement béni en décembre 1924 à l'occasion de la Mission. Une rénovation de la fresque eut lieu aussi en 1951 par Sutter, peintre d'Attenschwiller. Il serait d'ailleurs grand’ temps d'en refaire une autre, mais trop peu de gens s'intéressent encore à ces témoins de notre passé.

ROPPENTZWILLER

Les statues en pierre de l’Oelberg de Roppentzwiller datent de la deuxième moitié du XVIIIe siècle, sauf l'ange qui est en bois et plus tardif. Elles sont exposées à la vénération des fidèles dans une chapelle rectangulaire au bord de la route, presqu'en face de l'église paroissiale et protégées contre le vol par deux solides grilles en fer.
Les trois apôtres sont couchés à même le sol, Pierre sur le dos, Jean sur le côté et Jacques sur le ventre, le Christ a le regard dirigé droit devant lui, les pouces de ses mains joints posés l'un sur l'autre.
Construite vers 1840 par le curé Kauffmann, la chapelle devint vite un petit pèlerinage, on déplaça vers 1883 le bâtiment un peu plus vers l'arrière (2). Elle fut vendue en 1860 à l'église avec cinq ares de terrain.
C'est dans cette chapelle que se trouve une fresque comme à Ranspach-le-Bas, faite de quatre panneaux en bois entourés d'un large cadre, le tout mesurant environ trois mètres sur un mètre cinquante, montrant le Christ devant Caïphe avec huit personnages à sa droite et douze à sa gauche, quelques personnes regardent encore par une fenêtre sur la gauche à l'intérieur de la salle. Seize personnes s'expriment par un texte, à peu de choses près semblable à celui de Ranspach-le-Bas.
La dernière rénovation eut lieu après 1945 et ici aussi il serait grand' temps de pourvoir à une nouvelle mise en valeur de l'ensemble.
(2) Stintzi - Arch. de l'Eglise d'Alsace 1971

ROSENAU

Le très beau Christ, sculpté en bois et datant du XVIIe siècle, qui se trouve exposé au Musée de Mulhouse provient de Rosenau et est un don de Gustave Bader, (1907).
Pourtant, à Rosenau même, personne ne se souvient d'avoir jamais vu un Oelberg dans le village ou aux alentours.

RUELISHEIM

Une curieuse représentation du Christ au Mont des Oliviers est scellée dans un mur latéral extérieur de l'église de Ruelisheim. Il s'agit d'une plaque de pierre de 0,50 m sur 0,70 sculptée en haut-relief. A droite le Christ à genoux regardant vers l'ange tenant le calice, derrière lui les trois apôtres couchés à terre et dormant dans des positions variées. L'apôtre Pierre porte à son côté une épée, les deux autres un livre fermé dans la main droite. En bas à droite, un amoncellement de rochers de forme pyramidale, au-dessus de l'ange tenant une coupe démesurée on voit des nuages. Tout en haut un rectangle très allongé strié de vingt-deux barres transversales me posa un moment un petit problème ; quelle signification donner à cet étrange dessin géométrique. C'est tout simplement une palissade entourant le jardin des Oliviers, visualisation quelque peu fantaisiste du sculpteur. Les têtes et membres représentés sont nettement disproportionnés par rapport aux corps, ainsi d'ailleurs que la coupe ayant les deux tiers de la hauteur de l'ange.
Cette plaque sculptée se trouvait scellée dans le mur du cimetière, béni en 1880. Au moment de la reconstruction de l'église, en 1950, endommagée par faits de guerre, on apposa cette plaque à la place actuelle, son origine reste inconnue, tout au plus peut-on faire la remarque que non loin de Ruelisheim se trouve le pèlerinage très connu de Notre-Dame du Chêne ; est-ce un ex-voto ? De toute façon il ne s'agit pas d'une pierre tombale, son état de conservation étant bien trop parfait.

THANN

Thann possédait deux groupes du Mont des Oliviers, l'un en pierre, l'autre en bois. Il reste du premier la tête du Christ et celle de saint Jean, du deuxième le Christ à genoux ainsi que l'ange porteur de la coupe, sculptures exposées au Musée.
Le groupe le plus ancien est celui en pierre, il date du XVIe siècle et proviendrait d'un atelier de sculpture de la région de Sélestat. A en juger d'après les deux têtes qui nous restent, il devrait être d'une admirable finesse et remarquablement bien travaillé. Ce groupe se trouvait, sans doute comme à l'accoutumée, entre les deux contreforts à droite du grand portail de la Collégiale, ces statues furent victimes, avec tant d'autres, de la fureur révolutionnaire qui causa tant de dégâts à la statuaire de la Collégiale.
Après la Révolution, nous retrouvons ces deux têtes, celle du Christ ? et de saint Jean, dans le parc, situé sur le flanc du Staufen, qui entourait la propriété de Sonntag Bensinger ; elles ornaient avec d'autres sculptures de valeur les gloriettes, décorées avec goût, que le maître des lieux avait fait construire et dans lesquelles le dimanche se rencontraient des artistes et autres amateurs d'art de la région, invités par Bensinger, dans ce cadre naturel et enchanteur, chercher l'inspiration, taquiner les muses ou à défaut se laisser bien vivre ...
Durant la guerre de 1914-18, des soldats occupés à creuser des tranchés sur les flancs du Staufen, mirent à jour ces deux têtes et les remirent au propriétaire de cette époque, M. Esser, qui en fit plus tard don au Musée de Thann où elles occupent une place honorable et digne de leur caractère.
Les restes du deuxième groupe, le Christ à genoux et l'ange portant le calice, retrouvés vers 1920 dans les combles de la Collégiale furent transférés également au Musée. Ces statues datant du commencement du XVI le siècle sont en bois, très bien sculptées, mais avec plusieurs couches de peinture qui cachent quelque peu la finesse du travail.
Ce groupe avait sa place à l'intérieur de la Collégiale, le jeudi-saint on l'exposait à la vénération des fidèles, sur un fond de verdure, devant l'autel latéral droit, un piquet de la Garde Nationale avait pour tâche de monter une garde d'honneur à ses côtés, tâche assez monotone pour justifier, de temps en temps l'octroi d'un petit coup de vin du Rangen au corps de garde, situé juste en face de la Collégiale dans l'immeuble aux Trois Rois. Cela conduisit même un jour un de ces braves à se prendre les pieds dans le tapis ou la tenture, il culbuta par-dessus le Christ à genou et s'affala avec fracas de tout son long dans la Collégiale en extériorisant son dépit par un juron en usage à Mulhouse ! Il demanda d'ailleurs pardon de suite, à haute voix, avant de se relever, au Christ impassible qui se trouvait à côté de lui...

WITTENHEIM

Ruinée par faits de guerre au commencement de 1945, l'église paroissiale de Wittenheim abritait, outre la belle « Déploration » qu'on peut encore admirer, un panneau en bois sculpté représentant la scène du Mont des Oliviers ; elle devint comme beaucoup d'autres œuvres d'art la proie des flammes. Aucune photo ou dessin n'est parvenu jusqu'à nous. Le regretté historien Désiré Renaud, auquel nous devons « La Chronique de Wittenheim », m'en avait fait un croquis sommaire d'après les indications qu'il avait pu recueillir. Sur un fond de collines boisées se trouvaient au premier plan à gauche les trois apôtres, en premier saint Jean, au milieu du tableau le Christ à genoux, à sa droite deux anges, tandis que dans les nuées en haut du tableau ressortait une croix, préfiguration de la mort du Christ.

WOLSCHWILLER

Dans un petit bâtiment adossé au mur de l'église se trouve le dernier Oelberg que nous connaissons dans le Sundgau. C'est une chapelle ouverte à l'avant, protégée par une palissade en bois et érigée en 1820 par Peter Bringia. Sur le mur du fond une vaste fresque montre un paysage boisé.
Les statues de ce groupe en bois datent du XVIIIe siècle. Saint Pierre est couché tenant une épée de la main gauche, Saints Jean et Jacques, assis sur des rochers, reposent leur tête sur la main droite, l'ange ailé fixé au mur tient de la droite la coupe.
L'emplacement même où se trouvent les statues sert de lieu de sépulture aux curés de la paroisse, Enderlin décédé en 1847, Haas en 1858, Boeglin en 1909 et Schnoebelen en 1956.
Avant la Révolution les curés avaient leurs tombes à l'entrée principale de l'église. La chapelle et les statues qu'elle renferme ont été rénovées en 1901 par le peintre Haberthur ainsi qu'une seconde fois en 1927.


Citons encore un très beau Christ se trouvant au Musée de Strasbourg, N° 353 du catalogue, sculpté en bois vers 1500 qui provient du Sundgau ; il fut acheté dans les années 1930 à un antiquaire mulhousien. De même, quoique ne faisant pas partie du Sundgau, un Christ au Musée de Saint-Amarin provenant de Mollau.
Qu'il se trouve toujours des personnes pour veiller sur ces statues, qu'elles soient dues à un sculpteur renommé, ou sorties de l'atelier d'un modeste artisan, c'est le vœu que nous formulons en guise de conclusion.


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